Op-Ed : Que vaut une masculinité sans liberté ?

Avertissement : J’écris cet article à la première personne.  C’est un op-ed, c’est-à-dire un article d’opinion. Prenez-le comme tel.

A de rares exceptions près, ce site est resté volontairement discret sur toutes les questions médicales qui agitent nos contemporains. Il y aurait sans doute beaucoup à dire, mais il semblait nécessaire d’éviter de se disperser. Sauf que depuis une quinzaine de jours se matérialise une crainte qui m’agitait déjà au cours du premier confinement. Tout ça ne durera pas deux semaines, tout ça ne va pas se limiter à du médical et finira par toucher aussi à l’économie et au social. Je l’avais écrit ici et à peu près en ces termes :

Au moment de l’écriture de ces lignes, le temps est encore à la transition. Toutes les blogueuses progressistes préfèrent croire qu’après 2 semaines à la maison, le monde va reprendre sa course normale et Slate.fr son programme habituel de déconstruction de la “masculinité toxique”. Il est probable que la réalité ne prenne pas la forme d’une courte parenthèse. Il est plausible que les mesures de confinement durent et changent les comportements.

Article du 22 Mars 2020

Avec un an et demi de recul, certains passages de mon texte d’alors ont bien eu lieu, ou ont même été dépassées par la réalité. La réalité, c’est que le concept même de liberté se trouve dans le viseur des mesures qui n’en finissent plus de pleuvoir sur les têtes dûment masquées des français. Et que de fait, il devient urgent de parler un peu du lien liberté/masculinité.

La masculinité, entre obéissance et indépendance

Il existe une frange significative du virilisme, quoique ne coïncidant pas exactement avec la perception que j’ai de l’idéologie viriliste, pour laquelle la notion de masculinité est intrinsèquement liée à celle d’obéissance des règles et de sacrifice pour autrui ou pour des idées. Cette vision de la masculinité cultive souvent un imaginaire militaire, avec une forte cohésion de groupe et une hiérarchie claire. Pour les tenants de cette vision du monde, il y a le chef, en l’occurrence ici le chef de l’Etat, et une cascade de règles décidées par des gens qui ont une vision d’ensemble de la situation et qui doivent être appliquées à la lettre. Sans faillir, sans questionner, sans douter. Les règles sont les règles. Cette vision du monde est parfaitement légitime à certains égards. Elle permet d’exalter la notion de discipline et parfois de courage selon ses partisans.

Certains virilistes insisteront qu’on n’est pleinement masculin que dans la discipline de groupe et qu’il n’y a rien de plus beau qu’une phalange spartiate. A quoi on pourrait répondre que dans les situations de survie ou de drame, par exemple, on est souvent seul. La valeur suprême masculine est-elle l’obéissance aux ordres ou le fait de savoir s’en imposer (et en imposer) quand elles ne sont plus évidentes ? Car le fait d’appliquer des ordres à la lettre n’est, à y réfléchir, pas forcément le sommet de l’humanité. Un grille-pain réalise parfaitement les ordres qu’on lui donne. Un drone de combat aussi. Un banquier sagement assis derrière un guichet aussi. Sont-ils pour autant virils ?

Plus profonde est la notion de courage, et celle de sacrifice qui lui est souvent associée. Dans le nombre conséquent de commentaires que j’ai lu récemment sous mes vidéos, il en est un qui m’affirmait en substance que quand bien même le vaccin contre le pangolinvirus serait dangereux, il revenait aux hommes de faire preuve de courage et de se sacrifier pour le prendre. Or c’est précisément cette idée d’impératif du sacrifice que réfute MGTOW. Il n’y a pas de raison pour que les hommes se “sacrifient” systématiquement pour les autres. Ou, pour ceux qui auraient du mal à raisonner hors de la notion de sacrifice : je peux décider de me sacrifier en laissant ma dose à autrui au nom d’une idée supérieure de générosité, tandis qu’un autre, en prenant sa dose, se sacrifiera au nom d’une idée supérieure de santé publique. Lequel de nos sacrifices est, dès lors, le plus méritoire ?

La liberté comme pilier de la masculinité

Le modèle de masculinité n’est pas forcément unique. Sur ce coin de l’Internet, on tend à valoriser l’autonomie et l’indépendance. C’est en prenant sa vie en main, en devenant son propre maître, que le petit d’homme devient un homme. Il y a bien des enfants qui sont obéissants et sages. Mais ce qui fera d’eux des hommes c’est leur capacité à décider par eux-mêmes de leur propre vie, de quitter le nid familial, de cesser d’attendre des consignes d’autrui et éventuellement d’apprendre à en donner à autrui.

Le site des Trois Etendards proposait récemment dans un article une observation sur la consubstantialité de la liberté et de la masculinité. Je renvoie les lecteurs à ce plaidoyer.

Un point que je me permettrai d’ajouter c’est que si la liberté commence à avoir mauvaise presse, c’est qu’elle est la fondation de la masculinité toxique. En réalité, les deux sont indissociables. La masculinité toxique c’est la masculinité du “chad”, c’est-à-dire de celui qui ne craint rien ni personne, qui peut dire oui ou non sans peur de conséquences. A son opposée se dresse une sorte de masculinité apprivoisée et encadrée par des contraintes sociales, de chaines virtuelles, parfois de dettes ou de bulletins de salaire, le plus souvent par la peur de la marginalisation.

Contrairement aux féministes, je ne pense pas qu’il faille diaboliser la “masculinité toxique”. Contrairement à certains virilistes, je ne pense pas non plus qu’il faille idéaliser la “masculinité toxique”. Le même souffle de vie peut accoucher d’un coup de génie ou d’une bêtise sans nom, d’un Christophe Colomb ou d’un casse-cou qui se noie. C’est l’essence même de la masculinité : permettre le meilleur comme le pire. Et c’est cette diversité de résultats et le génie de certains hommes qui a permis de développer une civilisation. Il a bien fallu un casse-cou pour se saisir d’une branche enflammée qui a permis de domestiquer le feu. L’histoire a oublié le nom de ce héros de l’espèce humaine, mais elle a aussi oublié le nom de milliers d’autres qui ont voulu faire de même et se sont juste brûlé les doigts. Elle a oublié encore plus, et à raison, le nom des centaines de femmes qui ont regardé la scène de loin, en criant que non, c’était bien trop dangereux et qu’il ne fallait pas s’approcher.

Cette description fictive de la conquête du feu pourrait se transposer à la liberté qui présente la même ambivalence. Il y a la bonne liberté, celle qui permet de repousser les limites de la connaissance ou des accomplissements humains et la mauvaise liberté, celle qui permet de faire des accidents en voiture en roulant à 160km/h sur des routes de campagne. Et la distinction entre les deux est parfois ténue. S’enfermer dans un cockpit de fusée pour aller sur la Lune, est-ce vraiment sûr ?

Logiquement, donc, renoncer à la seconde pour des raisons de “sécurité” (concept dont le beau sexe est particulièrement friand), c’est de facto renoncer aussi à la première. Notre société semble tentée par l’idée de tout sécuriser, de tout normer. Ce qui résulte en un appauvrissement réel sur le long terme. Combien de génies informatiques ont commencé leur carrière, adolescents, en bricolant des ordinateurs dans des boites en carton ? Aujourd’hui que les ordinateurs sont des blocs d’aluminium de 8mm d’épaisseur et fermés par des vis sécurisées torx, combien d’adolescents bricolent leurs machines ? Et quel en est le coût en matière d’innovation à long terme ? Ce propos peut être décliné aux automobiles, aux téléphones portables, ou à toutes sortes d’appareils qui, par sécurité, ne sont plus réparés que par des professionnels agréés et certifiés.

La liberté est une force motrice du progrès technique de notre civilisation occidentale. S’y attaquer, par le biais de la technologie, c’est ironiquement risquer de compromettre cette même technologie dont certains sont si fiers.

Photo Pexels – Vlad Bagacian

Une gestion très féminine de la “crise”

D’aucuns diront que je prêche pour ma paroisse, peut-être en tordant les perspectives. Ou que je n’ai pas compris et me noieront de messages explicatifs. Qu’importe. Trois éléments me permettent généralement de reconnaître une gestion féminine de crise : une autorité et responsabilité mal assumées, une incapacité à conserver du sang froid, une infantilisation d’autrui.

Le plus frappant sans doute ici est cette volonté typiquement féminine de ne pas assumer son autorité et les responsabilités associées. Le vaccin n’est officiellement pas obligatoire mais mille moyens détournés doivent vous contraindre à l’accepter. Et en termes de responsabilités, et bien c’est loin d’être clair. Certains parleraient sans doute de gestion “passive-agressive” de la crise. Rien n’est franc ou clair, tout passe par des méandres de bureaucratie avant de déboucher sur des situations dignes du théâtre de l’absurde. Quiconque a écouté les débats du 22 juillet à l’assemblée aura entendu d’interminables contorsions intellectuelles sur ce qui fait la dangerosité d’un voyage en train (distance parcourue, temps du trajet, remplissage du train, nom du moyen de transport) ou des règles sur les centres commerciaux (si une pharmacie est présente dans un centre commercial, doit-on aussi interdire son accès à l’aide d’un pass sanitaire, et ce pour garantir la santé de tous ?).

L’absence de sang-froid caractérise d’ailleurs nombre de députés, déjà heureux de voter tout ce qu’on leur demande de voter, mais qui ne manquent jamais de zèle ou d’imagination. Les ministres vont de plateau de TV en chaine de radio comme des poulets sans tête. Et la panique est perceptible chez nombre de journalistes. La fuite en avant du “toujours plus” est enclenchée depuis longtemps et les solutions miracles se suivent avec des résultats qu’on refuse de juger, mais qui méritent apparemment de reparler du covid après un an et demi. L’absence de sang-froid conduit aussi à l’association intellectuelle “moins de libertés”=”plus de santé”. En cas de danger ou d’insécurité, les femmes aiment pouvoir se délester de leurs responsabilités et ne voient donc pas d’objection à être guidées pour tout. De la sécurité ou de la liberté, les femmes choisissent quasi-systématiquement la sécurité. Le dernier fétiche en date, le pass sanitaire, joue d’ailleurs sur ce ressort psychologique et n’aura vraisemblablement d’autre effet que de rassurer la ménagère moyenne pour un temps (avant une nouvelle crise d’angoisse, qui justifiera d’aller plus loin et d’être pédagogique avec les français).

Dernier aspect qui paraît flagrant quand on compare la France et les pays étrangers : le niveau colossal d’infantilisation des français. Comme si le français moyen n’était pas prêt à prendre ses précautions et avait besoin d’une liste exhaustive d’ordres à suivre. Le bon sens des français n’est, le plus souvent, même pas envisagé lors des prises de décisions, ce qui se traduit par une politique du tout-punitif. Des listes d’ordres sont placardées partout et on prétend les faire appliquer avec la même vigueur dans des quartiers bondés ou dans des champs paisibles du Larzac. Chaque français, tout adulte qu’il soit, reçoit ainsi des leçons de vie et de santé presque maternelles de toutes les demi-mégères du gouvernement et des médias (ou l’inverse, puisqu’il semblerait que ces deux groupes soient interchangeables). Chaque fois que l’autorité féminine échoue, elle dérape dans l’infantilisation et aussi dans l’excès punitif. La notion de discernement semblant, plus que jamais, inaccessible à l’autorité féminine.

Cette gestion de crise, très féminine, en particulier dans sa dimension infantilisante, est castratrice, peu respectueuse de la liberté et de l’idée même d’un droit à l’autodétermination des hommes qui compte parmi les fondements MGTOW.

Pourquoi les MGTOW chérissent particulièrement la liberté ?

L’idée de base de MGTOW, le fondement intellectuel, c’est une vision de la vie où chaque homme dispose d’une véritable capacité de choix sur sa propre existence, qui s’accompagne d’autonomie et de responsabilités. De même qu’un MGTOW devrait contrôler le cadre de son couple (cf. le travail de Rollo Tomassi), il doit contrôler le cadre de sa vie. Ce qui fait toute la complexité et la richesse de cette branche de l’androsphère. Puisque contrôler sa vie dépasse de loin la simple problématique de la séduction.

Le monde idéal du point de vue MGTOW c’est celui où des hommes sont suffisamment forts individuellement pour ne dépendre que marginalement de la collectivité, et suffisamment sages pour vivre en bonne entente. Politiquement, MGTOW se place plutôt du côté d’un moindre gouvernement que d’un gouvernement maximaliste et omniprésent. Qu’on ne s’y trompe pas d’ailleurs, les gouvernements minimalistes amènent parfois des temps difficiles mais n’ont pas le potentiel de dégénérescence caractéristique des gouvernements maximalistes. Les pires exemples de l’histoire des deux derniers siècles nous viennent tous de gouvernements macrocéphales, omniprésents et s’ingérant dans le quotidien des gens. Avis d’ailleurs aux quelques sociologues qui cherchent à classer MGTOW dans la fachosphère, un Etat minimaliste est à l’opposé de la doctrine italienne, par définition de celle-ci.

Aldous Huxley

Comme dans le livre d’Aldous Huxley, la société française semble vouloir se fracturer entre une société avec un gouvernement maximaliste d’un côté (“Chacun appartient à tous les autres”) et une crypto-société minimaliste de parias de l’autre (“une réserve à sauvages est un endroit que, étant donné les conditions climatiques ou géologiques peu favorables, il n’a pas valu la peine et la dépense de civiliser”). Je voudrais bien croire, comme d’aucuns me le diront sans doute, que tout ceci est transitoire. Si c’était le cas, j’en serais heureux. Mais si ce n’est pas le cas, je ne vois pas vraiment comment on pourrait encore maîtriser sa vie dans un monde de règles arbitraires, parfois absurdes, souvent imprévisibles et où nombre d’actions du quotidien sont verrouillées par un acte de soumission. Un équilibre entre choix individuel et choix de société est indispensable, certes. Mais nous parlons du refus pur et simple de la capacité du choix individuel (en matière de santé) ce qui me semble inacceptable dans une perspective MGTOW.

Dans les rangs de l’androsphère, à titre de comparaison, la circoncision est souvent présentée comme une mutilation génitale masculine motivée par l’hygiénisme (chez les américains du moins). Une partie de l’androsphère américaine cherche à sensibiliser à l’idée que la circoncision devrait être un choix personnel, libre et éclairé. Ce que j’interprète comme une ré-affirmation de la possession de son propre corps, quand bien même la circoncision pourrait réduire la transmission de certaines MST. Je crois qu’un parallèle avec la présente situation n’est pas abusif et que, par cohérence, il faut être aussi du côté du choix individuel.

N’accordez pas à l’Etat ce que vous n’accorderiez pas à une femme

On ne peut pas vraiment saucissonner la masculinité et proposer une vision où l’homme maîtriserait le cadre de son couple mais serait complètement soumis partout ailleurs. La cohérence d’ensemble est importante. En conséquence, et je parle ici en mon seul nom, dans mon interprétation de MGTOW, il m’apparaît que la liberté est une vertu supérieure et non-négociable. Et que par conséquent, tout ce qui s’apparente à une marque de soumission quotidienne (carte du parti unique, passeport de la doxa ou autre QR-code) est à proscrire.

Dans une approche pilule rouge, on peut raisonnablement dire qu’il vaudrait mieux que chaque homme traite l’Etat comme il traiterait une femme. Idem pour les entreprises. Sans idéalisme, sans naïveté, sans sacrifice et surtout sans dépendance. Certains ont coutume de dire que si demain leur femme part avec le jardinier, rien ne doit changer dans leur vie. La logique serait d’en faire de même pour l’Etat ou pour son lieu de travail. Multipliez les sources de revenus, ayez des stocks pour tenir quelques semaines en cas de coup dur, pensez à avoir des plans B, des solutions de repli (par exemple des points de chute à l’étranger ou dans le maquis) … Je vous souhaite de ne jamais en avoir besoin, je ne le souhaite à personne, mais l’anticipation est toujours une bonne idée.

Dernier point, il me semble que les analogies entre relations homme/femme et relation citoyen/Etat sont toujours instructives. Si dans une relation de couple votre copine vous demandait un accès à l’ensemble des données de localisation et décidait de régenter vos déplacements, vous ne l’accepteriez pas. N’accordez donc pas à l’Etat ce que vous n’accorderiez pas à votre conjointe du moment.

2 Replies to “Op-Ed : Que vaut une masculinité sans liberté ?”

  1. Très chouette, comme d’habitude, Mos. Je vais toutefois être un peu pénible et à l’opposé de ce que tu écris à l’égard de l’indépendance et du rejet d’un monde fait de multiples règles, mais je dois en faire valoir une concernant la grammaire (pas pour t’embêter, hein! Juste pour partager un peu de savoir avec toi). En français, les gentilés prennent toujours une majuscule (ex: les Français, les Américains) contrairement aux adjectifs (les hommes français, les hommes américains). Voilà, c’est tout, je m’arrête là et je lirai avec plaisir tes nouveaux articles quand ils sortiront. Bonne chance et continue à réfléchir, j’aime beaucoup découvrir les pensées que tu as pour la marche des hommes et de notre univers décidément bien complexe.

  2. Oui et non (ou peut-être)…Oui parce que je pense qu’un acte médical n’a pas à être imposé et à fortiori une expérience médicale. Si le gouvernement nous oblige à vivre en dehors de la société, il faudra accepter les conséquences, c’est à dire les ZAD, l’habitat léger, l’école à la maison, les squat des forêts domaniales… Et non ou “peut-être” sur la question des femmes dociles vis à vis de lois. J’ai fait plusieurs manifestations anti-passeport et la parité homme/femme semblait de mise. Infirmières, pompiers protestent mais il est possible que plus de femmes rentrent dans le rangs et incitent leurs conjoints à faire de même pour assurer la sécurité matérielle du foyer.

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