La circoncision

Pour cet article, nous irons droit au but : la circoncision est dans l’extrême majorité des cas une mutilation, et quand elle est pratiquée pour des raisons médicales, elle est souvent superflue puisque le phimosis justifiant l’intervention a de grandes chances de se soigner de lui-même.

Le phimosis

Le phimosis est une condition tout à fait normale du sexe masculin qui concerne une grande majorité des nourrissons, mais uniquement 7 % des garçons de 7 ans et 1 % dès 16 ans (McGregor, Pike & Leonard, 2007). On mutile des enfants à vie pour résoudre un problème qui n’en est pas un dans 99 % des cas. En contraste de ce 1% de circoncisions possiblement justifiées médicalement, nous sommes face au chiffre de 30% d’hommes de plus de 15 ans (661 millions, contre 133 millions de femmes et de filles) qui ont subi une circoncision. La réalité c’est que la principale raison à ces circoncision est culturelle (religieuse, mais pas uniquement), pas médicale.

Parallèle avec les mutilations génitales féminines

En théorie

Malheureusement, quand on aborde le problème de cette mutilation génitale touchant près d’un tiers de la population masculine mondiale, on nous rétorque ceci : « c’est très mal, mais les mutilations sur les filles sont pires de toute façon et ce n’est pas comparable ». Pourquoi ? Ce sujet est bourré d’hypocrisie. Certes, on ne retire pas le gland, mais uniquement le prépuce. Or, on ne retire pas non plus le clitoris, seulement le bouton clitoridien et le prépuce est aussi une zone très nerveuse grandement responsable de plaisir. Les deux pratiques restent différentes, certes, mais admettons qu’il faille absolument que ce soit comparable, serait-on d’accord pour circoncire les filles ? Serions-nous prêts à cautionner le fait de leur retirer une partie de leur vulve (les lèvres ou le capuchon clitoridien). Non, fort heureusement, non.

Dans la pratique

Par ailleurs, si dans la pratique les conséquences sur les filles sont pires (traumatisme psychologique ou physiologique lié à l’opération), ce n’est pas à cause de l’opération en elle-même, mais du contexte dans lequel elle est pratiquée. Pour les garçons en Occident, elle est pratiquée généralement sur des nourrissons et selon des normes d’hygiène modernes. Ce n’est jamais le cas des excisions qui sont généralement pratiquées sur de jeunes adolescentes, sans anesthésie, sans explication, souvent par la mère ou la tante à qui la fille accordait sa confiance.

Mutilation prophylactique

Le dernier retranchement face à cela est de prétendre que la circoncision est bonne pour la santé et contrecarre la diffusion de MST (sida, papillomavirus, etc.). Je ne vais pas rentrer dans les raisons (notamment économiques) qui poussent certains acteurs mondiaux (e.g. l’OMS) à défendre cette position, notamment en Afrique parce qu’on vient déjà de s’attarder assez longuement sur une étude en particulier en lien avec cela. Je vais plutôt faire une fois de plus le parallèle avec le corps des femmes : serions-nous prêts à mutiler la poitrine des filles en leur retirant un sein de peur qu’elles développent un cancer ? La mutilation prophylactique n’est qu’une excuse, rien de plus. On serait d’autant plus outrés si cette mutilation avait pour principal but de préserver la santé des hommes. On dépossède les garçons et les hommes de leur corps, et ce, au nom des femmes. Le patriarcat a bon dos…

Le plus frustrant dans ce sujet, c’est que l’excision est décrite comme une pratique patriarcale que les hommes imposeraient aux femmes par pur sadisme et au nom de leur égo fragile. La réalité c’est qu’elle est autant condamnée par les hommes que les femmes et est pratiquée par les femmes entre elles. Dans ce cas, le fameux sophisme du « ça s’annule » ne s’applique pas… S’il vous fallait une preuve supplémentaire que ce sophisme relève uniquement de la mauvaise foi… Comme pour l’avortement, ce n’est pas un sujet qui oppose les femmes aux hommes, car en réalité, les hommes soutiennent autant ce droit que les femmes. Et je rappelle que quand on signale qu’il y a même probablement un peu pus d’hommes que de femmes favorables à ce droit, on ne peut s’empêcher d’exprimer notre éternelle misandrie en présumant que c’est forcément par malveillance que les hommes valident l’avortement (pour pouvoir copuler sans risque aux dépens des femmes qui doivent gérer entièrement la contraception), sans comprendre que ce n’est qu’une histoire de compétition intra et intersexuelle.

Le cas particulier de la recherche

Morris & Krieger (2013) est une revue systématique (donc a priori une étude assez importante) des effets néfastes de la circoncision publiée dans le prestigieux Journal of Sexual Medecine. Elle conclut de façon très brève et sans équivoque que « Les études de meilleure qualité suggèrent que les circoncisions masculines n’ont pas d’effets néfastes sur [la sexualité]. ». Je vous renvoie vers ce thread qui devrait vous offrir un aperçu du problème.

Premier problème, les conflits d’intérêts non-déclarés. Le premier auteur est le fondateur d’un lobby pro-circoncision (Circumcision Academy of Australia) partiellement financé par des circoncisions rituelles (i.e. non-justifiées médicalement). Morris est aussi connu pour falsifier et appeler à la falsification du processus de revue par les pairs de façon très agressive si une étude va à l’encontre de son idéologie (voir Fish, 2011). Il est allé jusqu’à défendre la circoncision universelle au prétexte que le prépuce risquerait de se coincer dans les braguettes de pantalon (ici). Quant à Krieger, il a participé à des études citées des milliers de fois (Bailey, et al, 2007, citée presque 3 000 fois et publiée dans The Lancet) encourageant à la circoncision pour limiter la diffusion du VIH. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que cette étude est grandement remise en question pour des raisons méthodologiques, éthiques et légales (Boyle & Hill, 2011, qui montre que ces problèmes concernent les trois majeures études appuyant la validité de la circoncision comme pratique médicale prophylactique). Il a aussi fait une demande de brevet pour un appareil qu’il a lui-même inventé et permettant de pratiquer ces circoncisions. Notez que ce point concernant les conflits d’intérêts est absolument primordial puisqu’il ne s’agit pas d’une méta-analyse au sein de laquelle on présente des analyses statistiques par exemple. Cette revue est une interprétation de ces chercheurs.

Deuxième problème, la façon dont ils ont catégorisé les niveaux de qualité des études prises en compte. Pour rester concis : ils ont prétendu employer une méthode dont ils n’ont pas respecté les prérequis. Le prérequis en question concerne la nécessité de former un groupe multi-disciplinaire avec minutie. Au vu de leurs profils, cet aspect n’est absolument pas respecté puisqu’ils constituent les deux seuls membres de ce groupe. Il a aussi été soulevé que la conclusion concernant la corrélation entre la qualité d’une étude et son négationnisme concernant les conséquences néfastes des circoncisions relève plutôt du biais de confirmation.

En somme, les auteurs sont biaisés et motivés par des intérêts personnels qu’ils dissimulent de manière grossière, mais leur torchon est publié dans un grand journal et cité plus d’une centaine de fois.

Conclusion

La circoncision masculine (qui est une forme d’excision) est une mutilation analogue à l’excision féminine, à l’exception d’1% des cas de circoncision masculine. La raison de ces pratiques est très majoritairement religieuse et rituelle, pas médicale. Elle ampute une zone fortement nerveuse responsable de plaisir sexuel, soit pour servir de rite de passage à l’âge adulte, soit pour réduire le désir sexuel et limiter l’infidélité et la masturbation (autant des hommes/garçons que des femmes/filles). Les différences que l’on observe sont principalement les conséquences des modalités entourant ces pratiques. En outre, il n’y a presque pas de panique morale concernant la circoncision masculine qui est encore pratiquée dans tous les pays du monde (non sans hypocrisie) et y compris par du personnel religieux non-soignant. Si on ajoute l’indémodable virilisme et le gynocentrisme panculturel, on comprend vite pourquoi les hommes s’en plaignent moins que les femmes, mais aussi pourquoi on ressent moins d’empathie et adresse moins de compassion à l’égard des mutilations masculines (male disposability).

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