De l’inflexion des esprits

De l’inflexion des esprits

Comme nous le disons sur ce site depuis quelques années déjà, nous vivons une époque de mensonges assumés et de vérités occultées. Le micro-domaine qui nous intéresse le plus concerne la place de l’homme dans la société en tant qu’individu (masculinité), en tant que citoyen (droits des hommes) ou en tant que groupe dont les intérêts ne sont représentés nulle part (gynocentrisme). La solution MGTOW à ce problème de fond repose sur une reprise en main de soi (travail d’amélioration de soi) et un désengagement des éléments toxiques de la société. Dans un monde devenu faux, à notre sens il faut dire le vrai quand c’est possible (dans des groupes de discussion choisis, quand le moment est opportun), s’adapter quand on n’a pas d’autre choix (on ne peut pas donner de pilule rouge à tout le monde, surtout à ceux qui ne sont pas prêts à les entendre) et prendre ses distances avec les éléments les plus toxiques de la société contemporaine (volonté d’autonomie et d’indépendance à l’échelle individuelle).

Le problème de fond : comment convaincre quand on a tort ?

On entend ici par mythe collectif une idée à laquelle la majorité des gens croient et se rattachent, indépendamment de sa valeur de vérité. Livrons-nous à une expérience de pensée. Imaginez que vous deviez convaincre une partie de la population de croire à un mythe collectif quelconque dont la vérité est douteuse (le couple vous rendra forcément heureux, les femmes ne sont pas hypergames en moyenne, l’écart salarial est une injustice contre les femmes, la masculinité est forcément toxique, prendre un crédit bancaire vous sauvera de la paupérisation, montrer votre pass sanitaire pour des actes du quotidien vous libèrera…). Imaginez maintenant que ce mythe collectif ne convainque en définitive que les esprits les plus malléables et les individus enchaînés au système social et donc incapable de refuser une explication alternative. Imaginez désormais que vous vouliez convaincre la fraction résistante de la population, les quelques pourcents d’irréductibles qui s’acharnent à analyser les faits et sont sceptiques de ce mythe collectif. Comment vous y prendriez-vous ? Comment vous y prendriez-vous, sachant que ce mythe est douteux ?

Ce problème de fond a déjà touché de nombreux régimes politiques ou religieux. Comment convaincre Galilée que ce qu’il voit dans son télescope n’est pas ? La principale solution trouvée jusqu’ici consiste à recourir non plus à la conviction mais à la persuasion. Si Galilée ne peut pas être convaincu par des éléments scientifiques, persuadons-le par d’autres moyens. Intimidons-le. Faisons-le taire. Discréditons-le. Ostracisons-le. Psychiatrisons-le. Propagandisons-le.

Hélas, même cette persuasion finit invariablement par atteindre ses limites. Surtout si elle émane d’une autorité contestée. Galilée en effet n’accorde aucun crédit à ceux qui le disent fou, hérétique ou dangereux. La suite de cet échec relève donc de la contrainte physique. Si l’on ne peut contraindre l’esprit, contraignons le corps. Ce stratagème a été répété mille fois par le passé. Galilée lui-même en a fait les frais. C’est la problématique centrale des dernières pages de 1984 : peut-on par la peur, par la torture et par la répétition venir à bout de convictions individuelles ? Peut-on provoquer un amour authentique de Big Brother par la contrainte des corps ?

“Il faut que vous aimiez Big Brother. Lui obéir n’est pas suffisant. Vous devez l’aimer !”
Il relâcha Winston et le poussa légèrement vers les gardes.
“Salle 101”, dit-il.

1984, George Orwell.

Un précédant historique français : les dragonades.

En France, l’une des plus violentes expériences de ce style remonte aux années 1680, sous la forme des guerres de religion. Et comme cet épisode est assez mal connu du grand-public, je vais me permettre de donner les éléments centraux de l’affaire.

Les huguenots contestent le pouvoir religieux au XVIIème siècle et donc indirectement le pouvoir monarchique. Au départ, à partir des années 1660, on cherche à convaincre ces anti-papistes par l’organisation de débats contradictoires. On oppose publiquement un avocat de la cause catholique et de la cause protestante qui, par des argumentaires théologiques le plus souvent, cherchent à démontrer la supériorité d’une foi sur l’autre. Assez vite cependant les débats cessent, soit par manque de rhéteurs, soit par réticence du camp catholique qui ne constate pas d’évolution de la mentalité des opposants. Il s’avère même parfois que les pasteurs arrivent mieux préparés que les curés puisque l’enjeu de ces débats est vital pour eux. Bref, autour de 1680, il semble évident que convaincre les protestants par des discussions publiques n’aboutira pas. Un ensemble de stratagèmes se met alors en place pour persuader par le biais de pressions sociales et financières (les nudges de l’époque). En mars 1679, les relaps (catholiques convertis et jugés hérétiques) doivent acquitter des amendes et sont exposés à la confiscation de leurs biens. En juin 1680, un arrêt interdit à tout catholique de se convertir. En décembre de la même année, on interdit les mariages mixtes entre catholiques et protestants. Plus tard, on interdira aussi aux protestants d’enterrer leurs morts et des temples protestants seront détruits.

En 1681, les dragonades sont approuvées. Elles consistent à imposer à toute famille de protestants de loger un groupe de dragons du Roi (des gendarmes) à leurs frais, et ce jusqu’à ce qu’ils se convertissent. Une fois la famille convertie, les dragons iront loger chez la famille protestante la plus proche pour recommencer l’opération. Les dragons ont autorisation, par ailleurs, de se livrer à toutes les pratiques qu’ils jugent nécessaire pour obtenir la conversion (les récits de l’époque parlent de vols, de viols et de divers sévices).

Des pasteurs appellent en 1683 à la désobéissance civile et invoquent la supériorité des lois de Dieu sur les lois humaines. Les pasteurs les plus actifs sont traqués, arrêtés et soumis à des châtiments publics (par exemple le Pasteur Isaac Homel). La pratique protestante s’adapte à la destruction de ses temples par l’organisation d’assemblées religieuses en plein air (les assemblées du Désert). Une résistance armée s’organise dans certaines régions de France (exemple les Camisards). Les dernières conversions sont obtenus par la force dans le cadre “d’abjurations collectives” qui se font sous la menace des dragons du roi. Ces abjurations collectives se produisent à un rythme rapide au cours de l’année 1685.

On pourrait donc croire que, fin-1685, les conversions ont achevé de débarrasser la France des protestants. En réalité, une nouvelle stratégie huguenote se met en place : le Désert. N’ayant pas la supériorité des armes, les protestants font mine de se soumettre en public. Mais leur conversion est insincère. De nombreux témoignages relatent cette désobéissance civile de tous les instants : certains disent ne pas entendre les cloches et “oublient” de se rendre à la messe, d’autre prétendent ne pas savoir écrire au moment de signer leur conversion, ou manquent de faire les signes de croix ou ne donnent pas à la quête. La pratique d’une forme de protestantisme caché se répand, notamment sous l’influence du Pasteur Claude Brousson qui finira arrêté et sera condamné à mort en martyr, c’est-à-dire sans abjurer (on prétendra le contraire dans la presse de l’époque) en 1695.

Par-delà l’exemple historique : survivre en totalitarisme.

Ce que nous apprend cet exemple historique et religieux c’est que la force ne vient jamais réellement à bout de l’esprit. Qu’on soit en accord ou non avec les huguenots sur leur interprétation biblique, le protestantisme a survécu et s’est peut-être même fortifié dans les dragonades. Mais, prise à l’envers, la stratégie protestante nous donne aussi une méthode pour s’en sortir même lorsque la pression politique et sociale est forte. Une pratique qu’on a retrouvé, sous des noms différents et dans d’autres contextes, à d’autres époques. Le Désert, c’est la Taqîya et la Hila en Islam, les clandestins religieux prennent la forme des Kakure Kirishitan au Japon. Une idée vieille comme le monde, déjà dans l’Art de la guerre de Sun Tzu.

Des îlots de vrai.

La base de cette stratégie est invariable. Il faut des endroits de vrai dans un monde de faux. Dans l’épisode huguenot, il s’agissait des “assemblées du Désert”. Des rassemblements dont le lieu n’était communiqué qu’à la dernière minute et qui se produisaient à l’écart des villes. Dans le bloc communiste, le concept est exploré par le dissident tchèque Vaclav Benda sous le nom de “Paralelni Polis” (Cité Parallèle). Ce sont les îlots de vrai qui permettent aux gens de tenir dans le monde faux. Car l’absence d’îlots de vrai achève de désorienter et de désespérer les gens (peut-on réaliser qu’un mensonge en est un si personne ne l’envisage comme tel ?).

Le Désert : dire le faux quand on n’a pas le choix.

Dans un monde où le vrai est minoritaire, il ne peut pas toujours s’exprimer avec la force qu’il mérite. Certains dissidents martyrs en ont fait l’expérience. Face à un nombre et à une force supérieure, il vaut parfois mieux se faire discret et faire semblant. L’avantage du Désert c’est qu’on évite les problèmes en y mentant “en conscience”. L’inconvénient du Désert c’est qu’on finit par ne pas y distinguer de potentiels alliés. C’est pourquoi il faut toujours l’employer avec parcimonie.

Le système post-totalitaire touche les gens à chaque étape de leur vie quotidienne, mais il le fait avec ses gants idéologiques. C’est pourquoi la vie dans un tel système est si profondément imprégnée d’hypocrisie et de mensonges. (…) Parce que le régime est captif de ses propres mensonges, il doit tout falsifier. Il falsifie le passé. Il falsifie le présent, et il falsifie l’avenir. Il falsifie les statistiques. Il prétend ne pas posséder un appareil policier omnipotent et aux ordres. Il prétend respecter les droits de l’homme. Il prétend ne persécuter personne. Il prétend ne rien craindre. Il prétend ne rien prétendre.

Traduit de l’essai de Vaclav Havel “The power of the powerless” – 1978

La voie du désengagement comme résistance passive.

Pour une minorité, le combat contre la titanesque masse des moyens d’Etat et de société semble relever de l’impossible. Il y a parfois l’opposition directe, la révolte, la mutinerie. Elle tourne court. Elle ne parvient pas à son but, le plus souvent, et crée plus de souffrance encore. Affronter directement le monstre, c’est faire l’expérience de sa propre impuissance et donc préparer le terreau de son futur ressentiment.

Une autre piste de l’épopée huguenote consiste donc à n’obéir toujours qu’imparfaitement. Suffisamment pour prétendre respecter les règles mais toujours approximativement, sans conviction, en faisant trainer. L’objectif ici est de profiter pleinement de l’asymétrie entre la foule et le pouvoir. Si l’on doit procéder au contrôle de millions de gens, il faut déployer du temps et des ressources. Peut-on vraiment déployer tant d’énergie pour des infractions mineures ? Ainsi, d’approximations en oublis, on peut espérer reconquérir certaines libertés sur le long terme. A mon sens, c’est littéralement ce que font certains MGTOWs. Il faut faire de l’inclusivité en entreprise ? Oui on mettre bien deux affiches moches pour dire qu’on l’a fait et encore, après 5 relances de mail. Il faut lutter contre le sexisme ? On débitera deux phrases, sans conviction. Sans mettre de mot sur leur stratégie, beaucoup de MGTOWs ne mettent aucune énergie dans tout ce qui leur déplait profondément. Une stratégie gagnante.

Dans un article qui mériterait plus d’attention, l’économiste Charles Sannat expliquait récemment que l’URSS ne s’était pas tant effondrée suite à des révoltes qu’à une accumulation de résistance passive et à une perte d’enthousiasme pour la narration officielle. Dans les années 80, le bloc communiste tout entier ne fonctionnait plus à force de lois et de réglementations. Plus personne ne cherchait à faire correctement son travail (de toute façon, jamais récompensé) et à force le régime s’est effondré sur ses propres mensonges.

Les sept merveilles du pouvoir soviétique :
– il n’y a pas de chômage, mais personne ne travaille ;
– personne ne travaille, mais le plan est rempli ;
– le plan est rempli, mais il n’y a rien à acheter ;
– il n’y a rien à acheter, mais il y a des queues partout ;
– il y a des queues partout, mais nous sommes au seuil de l’abondance ;
– nous sommes au seuil de l’abondance, mais tout le monde est mécontent ;
– tout le monde est mécontent, mais tous votent « pour ».

Blague soviétique

Conclusion

Nous traversons une époque qui par certains aspects, ressemble à ce désenchantement communiste. Tout ne fonctionne que superficiellement. Les ressources humaines de tout le pays font face à une pénurie de candidats. Les grandes entreprises ont connu des vagues de départ d’employés sans précédant. Les supermarchés sont régulièrement en rupture d’approvisionnement. Les restaurateurs, cinémas, ou petits commerces déplorent des pertes inhabituellement élevées. Et pourtant la société aurait retrouvé son fonctionnement habituel.

Conserver sa santé mentale dans une telle période est difficile, mais indispensable. Conserver un sentiment de contrôle sur sa propre vie en est une dimension fondamentale. Ce contrôle ne peut découler que d’une forme de résistance passive et de tous les instants.

Si la pensée MGTOW n’a jamais eu la volonté de toucher un public large sur d’autre thématiques que les relations homme/femme et le féminisme, le mode d’action et le désengagement MGTOW sont en train de se répandre. Plus grand monde ne croit à la bonne santé et à l’avenir glorieux de notre société et nombreux sont ceux qui quittent discrètement le navire, ou du moins ne se battront pas pour lui. Comme la tendance MGTOW, la résistance passive n’a pas de chef, pas de structure, pas de manifeste. Mais ça ne l’empêchera pas d’exister, sous le radar…


3 réponses à “De l’inflexion des esprits”

  1. Exemple : cette news a fait le tour d’internet https://www.caminteresse.fr/sante/une-femme-a-plus-de-risques-de-mourir-si-son-chirurgien-est-un-homme-11181951/

    Les h ont tendance à prendre plus de risques, ils pourraient donc faire plus d’opérations de la dernière chance sur les f envers lesquelles ils ont plus d’empathie.Ou alors ce sont des psychopates qui laissent volontairement mourir les f par sexisme, oui voilà ça doit être ça 🙄

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