Traitement de l’Hystérie et Victimisme Féministe

Autrefois il semblerait, l’hystérie féminine était traitée par stimulation sexuelle des patientes par leur médecin. Ce serait même l’origine des jouets sexuels électriques, permettant au personnel médical de reposer leur bras. Cette théorie a été développée par Rachel Maines à la fin du siècle dernier[1]. Son travail est l’un des plus cités concernant l’histoire du sexe et de la technologie. Il sera repris dans un documentaire[2], dans une pièce de théâtre[3] ainsi qu’un film[4] adapté de cette pièce qui sera lui-même accompagné d’une ligne de jouets sexuels produit par l’entreprise Jimmy Jane. Son propos est à la fois populaire dans le monde académique et grand public. Seul problème : c’est totalement faux.

Plusieurs Réfutations

Plusieurs historiens ont critiqué les propos de Maines. Selon Helen King[5] , ses propos ne se basent que sur une torsion des sources qu’elle cite. Fern Ridell[6] considèrera la position de Maines comme relevant purement de la fiction. Lieberman et Schatzberg[7] lui reprocheront plutôt de ne se baser sur littéralement aucune source du tout. D’autres historiens comme Lesley Hall[8] ont dès le début prononcés de vifs doutes quant à la validité de ce mythe. Néanmoins, deux décennies plus tard et cette affirmation est toujours relayée (Libération ou encore TerraFemina, Vice, MotherJones ou PsychologyToday ou cette vidéo de plusieurs centaines de milliers de vues).

Les erreurs de l’historienne sont nombreuses, grossières et concernent plusieurs aspects de son livre. Ses citations ne sont pas bonnes, ses interprétations sont très présomptueuses voire carrément inexactes. Entre autres, elle va par exemple citer un article généraliste portant sur des bains romains pour les présenter comme étant masturbatoires. Les arrivées d’eau auraient servie à la masturbation. Or, l’article ne parle à aucun moment de cela. C’est purement de la fabulation.

Réaction de Maines et autres

Maines a par la suite rétro-pédalé, disant qu’elle n’avait jamais défendu cette idée comme étant factuelle, mais purement hypothétique, quand bien-même elle défendait sans équivoque, et dès les premières pages de son ouvrage que c’était une pratique courante dans la médecine occidentale.

« “In the book, she doesn’t refer to it as a hypothesis at all. She makes the claim that this is a fact, and it happened,” Schatzberg says. “To me, it suggests that Maines was aware of the weakness of her claim, and later, after it was taken up so widely, tried to backtrack.” »

Victorian-Era Orgasms and the Crisis of Peer Review, Robinson Meyer & Ashley Fetters (2018)

La loi de Brandolini est là encore vérifiée puisque Lieberman notamment a dû faire face à davantage d’obstacles pour publier sa critique, pourtant parfaitement élaboré.

« “Some people have said, ‘Oh, you’re attacking [Maines].’ But my life would have been so much easier if her work had been accurate,” Lieberman said. »

Victorian-Era Orgasms and the Crisis of Peer Review, Robinson Meyer & Ashley Fetters (2018)

Conclusion

Alors pourquoi son discours a-t-il pu autant se répandre sans la moindre difficulté ? Je vais laisser la principale intéressée répondre à cette question qui conclura ce bref article : les gens aiment cette idée, ils veulent que ce soit vrai.

« Maines added that she was a little surprised it took so long for other scholars to question her argument, given how admittedly “slender” the evidence she gave in The Technology of Orgasm was. “I thought people were going to attack it right away. But it’s taken 20 years for people to even—people didn’t want to question it. They liked it so much they didn’t want to attack it.” »

Victorian-Era Orgasms and the Crisis of Peer Review, Robinson Meyer & Ashley Fetters (2018)

Cette réponse induit une autre question : Pourquoi un tel sentiment morbide ? Sans m’étendre à l’aide de psychologie de comptoir, peut-être qu’on peut trouver un début de réponse dans le succès d’œuvres dystopique comme The Handmaid’s Tale.

Sources

[1] « The Technology of Orgasm », R. Maines (1999)
[2] « Passion and Power », E. Omori & W. B. Slick (2007)
[3] « In The Next Room, or the Vibrator Play », S. Ruhl (2009)
[4] « Hysteria », T. Wexler (2011)
[5] « Galen and the widow: towards a history of therapeutic masturbation in ancient gynaecology », H. King, Journal on Gender Studies in Antiquity (2011)
[6] « No, no, no! Victorians didn’t invent the vibrator », F. Ridell, The Guardian (2014)
[7] « A Failure of Academic Quality Control: The Technology of Orgasm », H. Lieberman & E. Schatzberg, Journal of Positive Sexuality (2018)
[8] Voir le site personnel de Lesley Hall ainsi que la correspondance par mail datant de 1999.
[9] « Victorian-Era Orgasms and the Crisis of Peer Review », R. Meyer & A. Fetters (2018)
[10] « Culture – La servante écarlate (1985) », Mos Majorum

One Reply to “Traitement de l’Hystérie et Victimisme Féministe”

  1. Dans le domaine psychiatrique, l’hystérie a été remplacée par les “troubles de la personnalité histrionique”.
    Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie (AAP), le trouble de la personnalité histrionique est un mode généralisé de réponse émotionnelle excessive en quête d’attention, représenté par au moins cinq des neuf manifestations suivantes :

    le sujet est mal à l’aise dans des situations où il n’est pas le centre de l’attention d’autrui ;
    l’interaction avec autrui est souvent caractérisée par un comportement de séduction inadapté ou d’attitude provocante ;
    la satisfaction immédiate de ses besoins par autrui est une préoccupation constante pour elle ;
    son expression émotionnelle est superficielle et instable ;
    le sujet utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l’attention ;
    la manière de parler est trop subjective et pauvre en détails ;
    il y a une dramatisation (théâtralisme, exagération du pathos) et une exagération de l’expression émotionnelle ;
    le sujet fait preuve de suggestibilité : il est facilement influencé par les autres ou par les circonstances ;
    le sujet a tendance à considérer que ses relations sont plus intimes qu’elles ne le sont en réalité.

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