Bleu pour les Filles, Rose pour les Garçons

Dans cet article, nous allons étudier une petite curiosité du féminisme et du socio-constructivisme. Dans Couleur des jouets, féminisme et logique Shadok, Mos abordait le cas des préférences genrées concernant les jouets. C’est un sujet récupéré par le féminisme avec énormément d’impertinence et dont un aspect relève carrément de la légende urbaine : les couleurs genrées étaient inversées jusqu’au milieu du siècle dernier. Bleu pour les filles et rose pour les garçons. Cette idée, désignée par Pink-Blue Reversal (PBR), est si populaire qu’on la retrouve jusque dans le livre de Cordelia Fine (Delusions of Gender, 2010), l’une des figures du socio-constructivismes aux côtés de Daphna Joel ou encore Gina Rippon.

Popularité de la légende

Auprès du grand public, cette idée n’est qu’une simple curiosité, une trivia qu’on aime raconter lors de dîners et dont la véracité est secondaire finalement. Mais pour certains féministes, ce genre de faits de société est important pour appuyer leur idéologie socio-constructiviste. Si ça varie (au cours du temps ou avec l’âge des individus), alors c’est artificiel. Si c’est artificiel, alors ça peut être changé et si ça porte préjudice, ça doit être changé. C’est la réciproque de l’appel à la nature. Il est logique que ces féministes, étant soumis au déterminisme sociologique (plutôt qu’au déterminisme naturel des traditionalistes), aboutissent à ce genre de raisonnements.

« You might wonder why any of this matters. What it all comes down to is the debate over whether pinkification is signalling a natural biological divide or reflecting a socially constructed coding mechanism. If it is really the sign of a biological imperative, then perhaps it should be respected and supported. »

Pink and blue tsunami, Gina Rippon (2019)

La légende urbaine

C’est Jo Paoletti qui est à l’origine de cette idée qui est notamment reprise par le Smithsonian et se basant sur une poignée de citation.

« For example, a June 1918 article from the trade publication Earnshaw’s Infants’ Department said, “The generally accepted rule is pink for the boys, and blue for the girls. The reason is that pink, being a more decided and stronger color, is more suitable for the boy, while blue, which is more delicate and dainty, is prettier for the girl.” Other sources said blue was flattering for blonds, pink for brunettes; or blue was for blue-eyed babies, pink for brown-eyed babies, according to Paoletti.
In 1927, Time magazine printed a chart showing sex-appropriate colors for girls and boys according to leading U.S. stores. In Boston, Filene’s told parents to dress boys in pink. So did Best & Co. in New York City, Halle’s in Cleveland and Marshall Field in Chicago. »

When Did Girls Start Wearing Pink?, Jeanne Maglaty 2011

Paloetti n’a cependant jamais soutenu l’idée d’une inversion des codes culturels, mais simplement qu’ils étaient d’abord variables puis, à partir du milieu du XXe siècle, plus fortement genrés.

Validité de la légende

Del Giudice (2012, 2017) a analysé la littérature de 1880 à nos jours pour étudier cette possible évolution des normes. Sur l’image suivante, vous verrez en noir le pourcentage de mention de la norme classique. En gris sont représentées les mentions de la norme inversée. L’étude est soumise à plusieurs limitations, bien évidemment, mais c’est elle qui fournit l’image la plus précise de la situation. Et rappelons à qui incombe la charge de la preuve…

Paloetti se basait sur une poignée de citations provenant de journaux. Del Giudice a spécifié sa recherche à cette partie de la littérature et trouve des résultats contredisant ses premiers résultats, mais aussi la position de Paloetti. Les mentions sont rares, mais paritaires jusque dans les années 1920. Il y a bien eu une accentuation du caractère genré des couleurs dans ces quelques dizaines de journaux étalés sur des décennies, mais certainement pas une inversion.

Conclusion

On peut tout au plus soutenir une inconsistance des représentations consultables dans certains journaux de l’époque. Notons d’ailleurs qu’il peut s’agir d’occurrences concernant des journaux féministes remettant en question cette norme genrée. Dans l’ensemble de la littérature, les représentations genrées varient, mais restent globalement stables sur un siècle. Voici donc une énième mythe féministe, mais qui porte sur un sujet bien plus trivial cette fois-ci. Même sur un sujet aussi banal qu’inintéressant, la position féministe est incapable de faire preuve du minimum de rigueur, et le monde scientifique est incapable de le lui en exiger.

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