Les sources : 4 erreurs à éviter

Une mésaventure est arrivée à un youtubeur connu sous le nom de Psyhodelik. En effet, un article canular a fait l’objet d’un traitement de l’information au premier degré. La bévue était d’autant plus prévisible qu’elle traitait d’un schéma très souvent répétitif auquel nous sommes habitués : à savoir l’article médiocre qui déclare en grandes pompes que telle personne, tel objet ou telle situation relève d’une oppression systémique, au choix raciste, sexiste ou homophobe. Bien que les SJW (ou baizuos selon comment vous les appelez) nous aient habitués à toutes sortes de fantaisies, il ne faut jamais oublier qu’il n’a jamais été aussi facile de s’informer mais également de se désinformer qu’à l’ère internet. Ceci a d’autant plus d’importance lorsqu’on est influenceur : la rigueur doit être de mise dans les informations que l’ont transmet à son public.

La plupart des hommes qui suivent leur propre voie sont amenés à observer le monde tel qu’il est et non tel qu’ils voudraient qu’il soit, ce qui les amènent souvent, en toute indépendance, à mettre à l’épreuve leur esprit critique dans l’objectif de s’épanouir sans se faire embobiner par le premier venu.

Que vous soyez chercheur de vérité, lecteur assidu de divers médias, influenceur utilisant des sources voire même militant soucieux de sa crédibilité, voici une liste d’erreurs à ne pas commettre lorsque vous utilisez des sources, qu’elles proviennent d’articles, de vidéos ou d’études.

Erreur numéro 1 : S’arrêter au titre et ne pas prendre connaissance du contenu.

Cet article n’a pas pour but de nuire à quelque réputation que ce soit, contrairement à ce que semblent dire à priori les auteurs du canular qui ont titré DIABLEMENT : PSYHODELIK TOMBE DANS NOTRE PIEGE ? Daï-Mon, Kalee Vision & Droitard fragile. Mais même cette vidéo n’est pas ce qu’elle semble au premier abord.

L’usage des majuscules (“PSYHODELIK A MANGUE UNE OCCASION DE SE TAIRE”) et d’une miniature racoleuse aurait dû alerter. Mais pour vraiment connaître le propos, il faut écouter le fond et ne pas se contenter de la forme.

Ce conseil est évident mais il ne faut pas oublier que nous vivons dans un contexte où l’information la plus sensationnelle est souvent celle qui attire le plus l’attention. Il paraîtrait assez contreproductif pour un scientifique de faire une publication scientifique avec pour titre “Les 100 types de mousse les plus what the fuck, le 53ème va vous étonner !!!!!” mais pour un vidéaste sur internet ou un journaliste, le titre accrocheur et vendeur est aussi important que le contenu lui-même. Bien que la déontologie implique de faire preuve d’honnêteté, nous sommes avant tout là pour traiter l’information, sans nous attarder outre mesure sur l’emballage.

Enlèvement de Mia : un départ à l'étranger de la mère et sa fille n'est  "pas exclu", selon le pro… - YouTube
Ne vous arrêtez jamais à une simple miniature pour juger du contenu d’une vidéo.

Il y a très souvent une justification plus ou moins bonne à l’usage d’un titre accrocheur mais le contenu, lui, est la seule chose qui compte dans le traitement d’une source. Corolaire : même dans les sources en apparence moins sérieuses, on peut trouver des informations pertinentes. Refuser par principe d’écouter un contenu discutable dans sa forme vous privera peut-être d’un fond fourni et recherché. Bien sûr, cette vidéo présentée concernant l’affaire Psyhodelik dure 40 minutes et vous n’avez sans doute pas le temps (ni l’envie) de l’écouter, surtout si vous avez des dizaines de sources à traiter et très peu de temps pour la réalisation de votre projet. Dans ce cas, il vous faudra :

  • Abréger votre traitement en ciblant l’information : Nombre de publications vous permettent (notamment Youtube avec sa nouvelle fonctionnalité de chapitres) de cibler l’information dont vous avez besoin sans avoir à lire l’intégralité de la source. Aidez-vous du sommaire ou de l’index. Utiliser l’outil informatique “Trouver” est un bon moyen de trouver également ce que vous cherchez dans de très longs textes.
  • Dans le cas d’une vidéo, d’autant plus si elle n’est pas compartimentée en chapitre, vous pouvez accélérer la lecture à l’aide de l’outil de changement de vitesse. La vidéo présentée ci-dessus ne m’a pris que 20 minutes car je l’ai écoutée en vitesse doublée. Le débit étant modéré voire lent de base, je n’ai pas perdu en intelligibilité et j’ai gagné en temps.
  • Remettez toujours cette information dans son contexte. Il est important d’avoir tous les tenants et aboutissants d’une démonstration, d’avoir accès à tous les jeux de données disponibles et de comprendre le raisonnement dans son ensemble. Sans cela, vous risquez d’être accusé au mieux d’avoir mal lu votre source, au pire d’être un escroc dans votre démarche. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas d’une citation.
  • La conclusion est la synthèse de votre source. C’est le point qu’il vous faudra connaître obligatoirement indépendamment de ce que vous cherchez à tirer de votre source.

Erreur numéro 2 : Ne pas suffisamment interroger ses biais de confirmation.

Quelle que soit votre religion (ou votre non-religion), quelles que soient vos opinions politiques et quelles que soient vos références, vos compétences ou votre niveau intellectuel, vous n’êtes malheureusement pas à l’abri de vous faire piéger par vos propres biais. Il s’agit d’une pente naturelle de l’esprit humain que de faire parfois trop confiance à ses semblables, tant physiques qu’intellectuels.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

L’évangile selon Saint-Matthieu, 5-46,47

Le biais de confirmation consiste à s’attarder principalement sur les sources, informations, thèses ou données qui vont dans le sens du chercheur de sources au détriment des autres. Bien sûr, cela concerne le ridicule qui consiste à nier la batterie d’études disant le contraire au profit d’une étude particulière afin d’infirmer des supposés stéréotypes.

Cependant, dans notre cas, il s’agira avant tout de lire le contenu dans toute sa nuance et de ne surtout pas invalider la source, en partie ou en totalité, par le simple fait que la démonstration, les données ou la conclusion ne vont pas dans votre sens. Bien sûr, vous avez parfaitement raison d’être d’un esprit critique impitoyable envers vos adversaires idéologiques mais vous auriez encore plus raison d’être capable du même esprit critique envers vos propres théories, idées et projets.

Beaucoup de gens ne cherchent qu’à rallier le plus grand nombre et ne s’embarrassent pas de la question des biais de confirmation. Toutefois, si vous cherchez la vérité, en tant qu’influenceur, journaliste ou simple lecteur militant, s’enfermer dans des biais de confirmation est une grave erreur. Et elle est d’autant plus facile à commettre qu’il est valorisant “auprès de son camp” de s’enfermer dans des certitudes.

En résumé, ne partez pas du principe que vous avez une pensée indéboulonnable et que vos adversaires sont systématiquement dans le tort. Doutez. À défaut de vous donner la réponse à tout, cela vous épargnera les désagrément du dogmatisme.

Il n’est pas impossible qu’une partie de nos lecteurs lisent également la revue de presse FDS. Correspondant davantage à leurs attentes idéologiques, il n’est pas non plus impossible qu’ils idéalisent trop ce journal. Le site joue beaucoup (auprès de ses abonnés) sur le biais de confirmation, et a pris au premier degré l’article canular sur la mangue.

Erreur numéro 3 : Faire confiance à une revue qui ne donne pas ses sources ou dont les sources sont douteuses.

L’une des premières choses que je fais, lorsque je regarde une vidéo, c’est regarder dans la description de cette vidéo les sources utilisées. Si la vidéo traite d’un sujet mais ne donne ni source, ni jeu de données et que la vidéo en elle-même n’est que la représentation d’un point de vue, je m’épargne sa lecture car, que le témoignage soit intéressant ou pas, il ne sera pas d’une grande utilité pour décrire le réel.

Si le média en lui-même est une réflexion en soi comme la pensée et démonstration d’un philosophe offrant un exercice de pensée ou un scientifique démontrant avec le peu de données qu’il a une expérience qui n’a pas encore été reproduite avec les moyens qui s’imposent, elle peut avoir un intérêt sans toutefois échapper à l’exercice d’une critique. Prenons pour cela l’exemple de Paul Preciado et de son billet d’humeur incendiaire.

En soi, l’intérêt de prendre des sources formelles et détaillées n’est pas le même que pour notre article sur les différences entre hommes et femmes. Ici, il est très facile de se passer de sources en posant simplement les questions suivantes :

  • A qui s’adresse-t-on ?
  • De qui parlons-nous ?
  • La démonstration d’inversion des “rôles genrés” est-elle pertinente ? N’est-ce pas là une caricature de l’histoire ?
  • Que signifie le mot “féminazie” dans la bouche de ceux qui le disent ?
  • Le féminisme radical existe-t-il ? Comment se manifeste-t-il ?
  • L’avis de Paul Preciado a-t-il toute légitimité dans le débat ? Est-ce un avis valide ?

Tant de questions qui auraient pu faire l’objet de simples commentaires comme on en ferait sous une vidéo youtube.

Toutefois, pour contredire l’auteur avec notre amour profond pour les sources, nous l’avons fait par la confrontation d’articles à contenu idéologique à cet article idéologique du journal lui-même pour en relever les dissonances cognitives et nous avons ajouté la mention formelle d’un article wikipédia pour donner le contexte d’une personnalité féministe radicale dont la citation est publique et sourcée afin de rappeler que le féminisme radical existe et qu’il est nuisible au premier degré. Nuisible autant par sa virulence que par son acceptation générale au sein des féministes dites modérées.

Toutefois, s’arrêter à Wikipédia est un piège : L’article Wikipédia lui-même doit impérativement référencer et sourcer chacune de ses affirmations sous peine de n’avoir aucune valeur et nécessiter une modération ce qui n’est pas le cas pour la citation extrémiste de Sally Miller Gearheart. Il arrive qu’il y ait de fausses citations qui circulent, se retrouvent sur wikipédia ou des sites faisant recueil de citations et que ces fausses citations deviennent célèbres. Par exemple, il ne semble pas qu’il y ait de preuves solides que Aristote ait vraiment dit que “Il y a trois sortes d’hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la mer” ni même que Winston Churchill ait dit “les fascistes d’aujourd’hui seront les antifascistes de demain”. Ici, nous pouvons lire que dans l’article du monde, il est fait mention d’un auteur controversé américain qui l’aurait dit, afin de discréditer la pensée selon laquelle les personnes ayant actuellement un comportement totalitaire le fassent en se réclamant de la lutte contre le totalitarisme. Toutefois, si l’on s’en réfère à la règle numéro 2, il est tout à fait possible également qu’un auteur beaucoup plus à gauche du spectre politique ait également dit cela. Et il se trouve que c’est le cas en la personne de Piers Paolo Pasolini qui aurait écrit dans ses lettres luthériennes en 1976 “Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme“.

Comme vous l’aurez sans doute remarqué, plutôt que de donner une citation qui, en conditionnel, “aurait” été dite par un individu, nous avons été cherché une citation qui trouve directement sa source dans l’ouvrage de l’auteur cité.

Bref, quand il s’agit de citer quelqu’un, de reprendre des conclusions et de faire finalement un travail de synthèse, de vulgarisation ou de revue de presse. Il convient très particulièrement de critiquer au mieux le sujet en cherchant des sources primaires plutôt que des articles ne donnant pas la source de l’étude citée ou des citations sur fond d’image mais qui ne renseignent pas quand la dite citation aurait été dite, à quelle occasion et comment l’a-t-on enregistrée.

Il est toujours intéressant de creuser plus loin et remonter à la source primaire. Il est de notoriété publique que la majorité des articles de journaux sont repris de l’AFP. Médiapart n’est donc pas le seul journal à mettre en cause dans le choix critiquable du titre de l’attentat terroriste à Rambouillet.

La source primaire est très difficile à trouver quand elle n’est pas directement mentionnée dans la revue de presse. Et il est intelligent de toujours partir du principe que la source que l’on tient pour primaire peut être elle-même une source secondaire ne faisant que reprendre elle-même une source primaire. De même, comme pour l’exemple de la citation sur l’antifascisme, il n’est pas impossible de trouver plusieurs sources ayant la même thèse.

Erreur numéro 4 : Ne pas laisser tiédir l’information

L’art de traiter l’information est un travail qui se doit d’être rigoureux et il est très facile, par inexpérience ou par intérêt politique, qu’on puisse réaliser des erreurs qui donneront facilement du crédit aux adversaires idéologiques. Afin de conserver sa cohérence, il vaut mieux éviter de relayer des canulars ou des contenus approximatifs.

Cependant, que cela soit à cause du manque d’information, de la nature volontairement ou non erronée de la source, du manque de critique fait à la source, le temps est votre allié.

Si vous êtes journaliste ou influenceur, ce conseil va vous faire grincer des dents car cela représente toute la complexité de votre métier. Il vous faut en effet avoir des informations sourcées et bétons pour sauvegarder votre réputation mais vous avez également des contraintes de temps si vous voulez être parmi les plus rapides à relayer des informations d’actualité. Il est d’autant plus difficile de ne pas commettre d’erreurs avec autant de pression à parler vite d’un sujet.

Mais cela doit être un conseil qui doit davantage toucher les militants ou les lecteurs de toutes sortes : Qu’avez-vous à gagner de plus en relayant des informations chaudes (et qui risquent de vous brûler) plutôt qu’en attendant quelques jours que la situation se clarifie et que vous ayez plus de recul ?

A part dans le cas d’un signalement vertueux qui tient là d’un mécanisme social qui contrevient à l’exercice de la nuance et de l’esprit critique, vous avez tout intérêt à suspendre votre jugement et partir du principe que toute information, en particulier sur des sujets brûlants et sensibles, est susceptible d’abord d’être un canular du 1er avril qui se serait déroulé trop tôt ou trop tard. Vous pouvez réagir, bien sûr, mais il vaut mieux le faire avec la réserve qui s’impose. Le temps vous donnera raison contre l’émotion du moment. Plutôt que de se laisser porter par le courant, ne vaut-il pas mieux observer les choses de loin, une fois que l’émotion retombe ?

Et s’il s’avérait que cette information brûlante allait dans votre sens, dans ce cas, félicitez-vous d’un authentique exercice d’anti-conformisme qui consiste à ne pas bêtement bêler en chœur avec les autres moutons. Il n’y a pas de mérite à avoir raison trop tôt pour les mauvaises raisons et l’exercice de la retenue est accessible à tous.

Pas besoin de faire d’effort intellectuel compliqué : Contentez-vous de faire comme à chaque premier Avril et attendez le lendemain pour voir si c’était une fausse information ou non, si de nouvelles données viennent infirmer l’article ou non, si la vidéo que vous avez regardé est toujours d’actualité.

Le 1er avril c’est mon jour de l’année préféré. C’est le seul jour où le monde ne marche pas sur la tête, où les gens se comportent normalement. C’est comme un jour de vacance pour les sceptiques, et les équipes de hoaxbuster.

Christophe Michel, Hygiène mentale : Episode 17 – 1er avril = la fête de l’esprit critique

Conclusion :

Que vous soyez novice ou expert dans le traitement de l’information, que vous soyez un militant acharné ou un simple observateur dépassionné, le monde de l’information est un immense territoire dangereux. Il y a toutes sortes de journaux, d’articles, d’études et de vidéos. Faire le tri des informations en fonction de ses opinions est dangereux et vous amènera inévitablement à relayer de mauvaises informations. Prenez toute information comme une hypothèse simple à laquelle vous ne serez ni une pire ni une meilleure personne selon si vous la prenez ou non pour argent comptant et dont la seule question qui vaille la peine d’être posée est “Est-ce que cela est vrai et vérifié ?”. Ce sont là les conseils que vous devriez suivre lorsqu’il vous vient l’envie de réaliser une vidéo sur youtube, écrire un article de journal sur le sulfureux site MGTOW France, ou d’alimenter une discussion autour d’une machine à café avec vos collègues ou dans un bar avec vos amis.

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