Genre et médecine, quand l’idéologie politique envahit la science…

Le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, arrière-boutique féministe du Secrétariat d’Etat à l’Egalité, vient de publier un rapport sur le lien entre sexe, genre et médecine en France. Nous analysons ce rapport ici.

Aperçu du rapport

Dans une période décidément marquée par la question médicale, il fallait s’attendre à ce que les féministes y aillent de leur suggestion pour réformer le système de santé à la française. C’est désormais chose faite, et d’une curieuse manière. Car oui, à une époque où la France est confrontée à un manque de lits de réanimation, de matériel médical voire de personnel pour soigner, le diagnostique est sans appel : la médecine française souffre d’avoir trop délaissé la question du genre dans sa pratique !

Lutter contre les inégalités sociales en matière de santé est, aujourd’hui, un enjeu majeur des politiques publiques. (…) Au-delà des différences de santé liées au sexe biologique, les représentations sociales du féminin et du masculin interviennent également pour engendrer des inégalités de santé. L’influence du genre – qui réfère à la construction sociale des identités et des rapports sociaux entre les sexes – constitue un facteur de risque de discriminations entre les sexes dans la prise en charge médicale. C’est ainsi que les codes sociaux liés aux genres féminin et masculin influencent l’expression des symptômes, le rapport au corps, le recours aux soins de la part des malades.

Introduction du Rapport

Axe 1

Le rapport postule que la biologie ne suffit pas à comprendre la chose médicale, et qu’il est impérieux d’avoir des rudiments de sociologie pour bien exercer. On retrouve dès le titre, une distinction entre le sexe et le genre qui conduit assez vite à un glissement de l’un vers l’autre. C’est tout l’objet de la première partie du rapport (l’axe 1) qui prétend nuancer l’existence de maladies masculines ou féminines pour y substituer des notions de rôles de genre. Exemple ci-dessous :

Des recherches récentes ont analysé les cas de récidive de troubles cardiaques 12 mois après un infarctus chez des patients femmes et hommes de moins de 55 ans. Les résultats montrent que les facteurs prédictifs de la récurrence de troubles cardiaques ne sont pas liés au sexe biologique en tant que tel, mais aux rôles genrés. Les facteurs psychosociaux et économiques caractéristiques du genre féminin (bas salaire, travail domestique, stress, anxiété) sont les plus fortement corrélés au risques de récidive (Pelletier 2016, Schiebinger 2018).

page 21-22

De manière amusante, la première référence utilisée ne mentionne qu’incidemment la notion de rôle de genre. Quant à la seconde, il s’agit d’un chapitre de livre de 12 pages assez généraliste qui spécule brièvement sur le lien entre rôle de genre et infarctus. Londa Schiebinger, qui a écrit ce passage de livre, a fait carrière d’analyser la notion de genre et de promouvoir une approche féministe de la science (avec des titres aussi neutres que Gender diversity leads to better science ou Sex inclusion in basic research drives discovery).

Il serait fastidieux de s’attarder sur toutes les affirmations et les démonstrations cavalières du rapport. Oui, des références sont proposées occasionnellement pour appuyer le propos, mais le sérieux de l’ensemble laisse franchement à désirer, en témoigne l’usage d’un post facebook en page 31.

Le sexe désigne les caractéristiques biologiques (chromosomes, organes génitaux, hormones, fonctions reproductives) qui différentient les males des femelles, y compris dans l’espèce humaine. (…)
Le genre est un concept qui désigne les processus de construction sociale et culturelle des identités féminine et masculine. C’est un outil d’analyse des rapports sociaux et des normes qui différencient et hiérarchisent les rôles des femmes et les hommes dans une société. (…)

page 37

Les termes “sexe” et “genre” ne sont d’ailleurs définis qu’à la page 37. On nous y précise à nouveau que “la biologie se répercute sur le genre et réciproquement le genre influence la biologie“. Le genre influence la génétique, rien que ça. C’est d’ailleurs la thèse d’une des intervenantes (Londa Schiebinger), tandis que la “rapporteuse” Catherine Vidal suggère depuis des années que les différences de constitution du cerveau entre homme et femme sont attribuables aux constructions sociales via la plasticité cérébrale.

Pour affirmer ici que le genre influence la biologie, la rédactrice du rapport met en avant le cas de la résistance squelettique des femmes, qui serait inférieure à celle des hommes à cause des stéréotypes sur la pratique du sport. Les femmes feraient moins de sport à cause des stéréotypes et ne développeraient donc pas un squelette assez robuste. Une théorie complotiste qui cache mal des différences bien réelles (étude) et une assez faible influence du sport sur le squelette, à moins de pratiquer certains sports précis et à très haut niveau (étude).

Axe 2

Le deuxième axe du rapport s’attache à démontrer l’importance de la notion de genre dans les études cliniques des médicaments. En particulier, le rapport pointe du doigt que les primates ont un sexe mais pas de genre, et qu’on ne peut donc évaluer les différences homme/femme dans les études cliniques que par l’intermédiaire du sexe biologique (sacrée découverte). La solution proposée est donc une approche “bio-sociale” dont on ne nous dira pratiquement rien si ce n’est que :

Ces travaux s’inscrivent dans la lignée des chercheuses féministes (Londa Schiebinger, Jannet Clayton, Ineke Klinge, Nancy Krieger) qui, à partir des années 2000, ont dénoncé la sous-représentation des femmes dans les institutions de recherche et plaidé pour la prise en compte du sexe et du genre dans les thématiques de recherche biomédicale.
Cependant, les jeunes chercheuses se distinguent de leurs ainées dans leur démarche « d’intersectionnalité » qui consiste à aborder les questions de santé en tenant compte à la fois du sexe biologique, du genre, du niveau socio-économique et de l’appartenance ethnique. L’étude des mécanismes des violences qui résultent des comportements de domination masculine et du patriarcat doit faire partie intégrante des objectifs de recherche sur les inégalités de genre.

page 46

Bref, la médecine c’est nul, sauf quand ce sont des femmes qui en font avec une approche féministe intersectionnelle. Le mérite de l’approche bio-sociale réside donc dans l’identité sexuelle de ses partisans.

Axe 3

Au sujet de l’espérance de vie, thème brièvement mentionné en page 51, on apprend qu’il y a bien 6 ans d’espérance de vie en plus pour les femmes, mais que les résultats sont à nuancer…

Les problématiques de pénibilité au travail sont intégralement perçues comme des problématiques féminines. N’en déplaise aux stéréotypes de genre, la profession d’infirmier est tout à coup féminine, et les infirmières sont en tête de la liste des victimes de troubles musculosquelettiques. D’autres femmes sont des victimes méconnues de “troubles psychologiques” qui ne sont pas reconnues comme maladie professionnelle.

La suite de cette section groupe en vrac des notions de précarité, de violences conjugales et de problématiques spécifiques aux femmes enceintes. Passons.

Dernier point abordé : le lien entre “genre” et COVID. Thèse : 59% des personnes décédées sont des hommes, mais cela doit nous inciter à creuser plus avant le lien entre sexe et genre et à suivre le travail du GenderSci Lab (un groupe féministo-LGBT de Harvard qui cherche à produire des idées féministes sur le genre… rien que cela).

Le processus d’interaction entre le sexe et le genre constitue donc une dimension incontournable pour comprendre les mécanismes de l’infection et de sa transmission et élaborer des stratégies de prévention.

page 68

La suite du propos est incongrue : les femmes sont à la fois les premières victimes car en première ligne contre le COVID et aussi victimes de la charge mentale du confinement. Le tout à une période où les femmes expertes ont été invisibilisées à la télévision. Quel rapport entre ces trois phénomènes, en quoi expliquent-ils des différences de mortalité ou de contamination, nous n’en saurons pas plus… La confusion des rédactrices semble totale.

Axe 4

Dans la droite ligne de la précédente section, celle-ci est un bric-à-brac de commentaires mal agencés. La formation médicale en France est présentée comme lacunaire, parce qu’elle ne comporte pas assez de cours obligatoires sur les études de genre. L’utilité de ces cours reste d’ailleurs relativement floue. On parle évidemment des personnes transgenres mais aussi des problématiques de harcèlement sexuel en université de médecine. Il est aussi question de la parité dans les systèmes universitaires et dans les groupes de recherche. Cette section est un véritable fouillis de revendications et de constats dont on ne sait pas trop quoi retenir si ce n’est que les quotas ne sont pas passés de mode.

L’enjeu est de généraliser des programmes de formation sur la thématique «Genre et Santé» auprès des étudiant.es, des chercheur.ses, des médecins et des personnels de santé, à l’instar des formations déjà mises en place dans les pays européens et nord-américain. La place insuffisante des femmes dans les postes à responsabilité, que ce soit dans la fonction publique hospitalière ou dans le secteur de la recherche, alors même que les femmes sont souvent majoritaires en nombre dans les organisations de la santé, exige de prendre des mesures contraignantes pour assurer une dynamique paritaire. Les associations d’étudiant.es en santé, de personnels soignants et de patient.es doivent être parties prenantes de ces formations.

page 91

Des propositions classiques, mais inquiétantes…

On pourrait regrouper les propositions en 4 groupes :

  • Des demandes de formation au genre : en université, dans le milieu médical, partout où c’est possible en fait.
  • Des demandes de communication publique : il faut faire partout de la publicité sur les maladies dont les femmes sont “les premières victimes”.
  • Des demandes de quotas puisqu’il faut la parité partout, jusque sur les plateaux de télévision qui parlent de COVID.
  • Des suggestions de création d’institutions nouvelles pour surveiller le genre dans la pratique médicale.

Comme d’habitude, donc, il s’agit de faire une place à des nouvelles associations ou entreprises de formation, créer des postes de chercheuses et mettre en place un arsenal répressif pour imposer rapidement une parité forcée.

La France plie le genou face à la folie woke

L’analyse féministe de la médecine, toute experte en “genre” qu’elle se prétende, ne parle que très peu de problèmes pourtant majeurs : l’espérance de vie, l’espérance de vie en bonne santé, la forte surreprésentation des hommes dans les décès du travail, le suicide masculin… On aurait pu s’attarder aussi sur la sur-féminisation des professions médicales. Les médecins “patriarcaux” de France sont des femmes dans 3/4 des cas. Le but du texte du HCE en définitive semble de persuader le lecteur que les femmes sont victimes du système médical alors même qu’elles représentent la grande majorité des médecins.

Loin d’une analyse froide et objective, ce texte-manifeste est l’illustration parfaite de l’abysse croissant qui sépare les réalités de la pratique médicale (qui essaye tant bien que mal de fonctionner entre paperasse bureaucratique et sous-financement) et les fantasmes d’universitaires (plusieurs des rédactrices du rapport n’ont aucune formation médicale). En définitive, la France décide de faire ce qu’elle fait déjà dans d’autres domaines : du suivisme idéologique.

La formation des étudiant.es, des soignant.es et des chercheur.euses aux questions de genre dans tous les domaines de la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive, constitue un enjeu majeur. Cette formation est
institutionnalisée dans de nombreux pays : États-Unis, Canada, Australie, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Suisse.

page 8

Symbole d’une fracture entre l’ancienne gauche et la nouvelle, la France qui se vante depuis plusieurs décennies d’avoir le meilleur système médical au monde (grâce au système d’assurance maladie permettant une santé à la portée de tous) décide d’importer de pays qu’elle méprisait jusqu’alors (les USA) des principes médicaux teintés d’idéologie.

La médecine en France est par ailleurs déjà largement gangrenée par l’idéologie féministe et LGBT. Pour les éventuelles féministes qui se compteraient parmi nos lectrices, voici deux listes de médecins féministes (1 et 2), supplément écriture inclusive, militantisme anti-grossophobie et tout ce qui est dans l’air du temps.

Conclusion

Le rapport du HCE illustre la volonté des féministes de surfer sur la crise sanitaire ambiante pour pousser leurs pions. Le féminisme, plus discret depuis un an, continue activement de créer des concepts délirants dont beaucoup violent les connaissances de médecine les plus élémentaires.

La séparation artificielle entre sexe et genre dans le domaine médical, s’il peut satisfaire quelques membres de la communauté LGBT au passage, est en réalité largement inutile pour l’immense majorité de la population. Les médecins n’ont pas attendu de messies féministes pour découvrir que les modes de vie avaient un impact sur la santé et qu’il fallait y adapter la pratique médicale. La bouillie que même les rédactrices peinent à mettre en forme est pourtant l’expression d’une intention très claire : le féminisme a décidé de s’infiltrer dans le monde de la santé…

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