Introduction à l’anti-féminisme (Partie VIII) : De la validité de la prémisse féministe

Le sommaire et la présentation de cette série d’article est consultable ici : Introduction à l’anti-féminisme
Les articles sont disponibles en version audio ici : Lectures audio des articles
L’intégralité du propos sera consultable en livre à partir du premier trimestre 2021.


Préambule

« [Feminists have] sedulously instilled into its mind the notion that the female sex is labouring under a grievous oppression at the hands of the tyrant male. In the present day this opinion has acquired the character of an axiom which few people think of disputing. Every occurrence bearing upon the social or economical relation of the sexes is judged in the light of this fixed idea. […] No one, as far as we are aware, has seriously set him or herself to proving the theory to have any foundation at all »

The Legal Subjection of Men, A. Belford Bax (1908)

Cet article va être un peu plus délicat que les précédents. Je crois que l’idée que je vais défendre ici est encore plus difficile à croire que la symétrie genrée des violences conjugales par exemple, et ce, au point qu’elle ne fait absolument pas consensus au sein-même des anti-féministes. Il s’agira de défendre l’idée que les femmes n’étaient pas plus opprimées que ne l’étaient les hommes à l’époque des débuts du féminisme.

I) La conscription et le droit de vote

Les patriarcats occidentaux suivants l’épisode de la Révolution française étaient loin d’être parfaits. Inutile de citer d’injustices touchant les femmes, vous en connaissez déjà et personne ne les nie, ce n’est pas controversé. Concernant les hommes cependant, ça l’est. On considère aujourd’hui que les hommes n’étaient pas opprimés en tant qu’homme. Tout au plus en tant que citoyen.

Les États-Unis, misandrie anticonstitutionellement appliquée

Aux USA, on peut s’intéresser à la conscription par exemple. Bien que ce ne soit pas formellement considéré comme tel, le droit de vote des hommes reposait en partie sur le devoir de s’engager en tant que soldat de réserve. Ce registre a causé la mort de plusieurs millions de jeunes hommes Américains au court du siècle dernier. Cette injustice a fait parfois débat, mais rien n’a été changé. Des défenseurs des droits des hommes ont récemment réussi leurs démarches judiciaires pour montrer que ce registre, ainsi que son caractère exclusif aux hommes, était anticonstitutionnel. Les hommes américains sont actuellement, et depuis la naissance du pays, opprimés en raison de leur sexe.

La Suisse, sexisme populaire

Cette situation se retrouve encore aujourd’hui, y compris dans les pays jugés comme étant les plus égalitaires. Pour la Suisse par exemple, le droit de vote masculin est soumis a bien plus de responsabilités que celui des femmes. Les hommes sont contraints au service militaire par exemple. Si un homme ne peut s’y soumettre (pour des raisons médicales par exemple), il doit alors payer un impôt supplémentaire (3% de ses revenus imposables, avec un minimum de 400 francs, cf art.13 chap.3 de la Loi Fédérale sur la Taxe d’Exemption de l’Obligation de Servir). Les femmes n’ont pas à s’affranchir d’une telle charge et par ailleurs ne sont soumises à aucun pré-requis qui leur est propre. L’argument est généralement que les femmes, n’ayant pas les mêmes capacités physiques que les hommes, ne peuvent être soumises à la conscription. Premièrement, les femmes sont admissibles dans l’armée, y compris dans l’infanterie, impliquant qu’elles sont capables. Deuxièmement, l’armée ne se limite pas à l’infanterie. Troisièmement, elles ne paient pas de taxe d’exemption pour autant.

« Initiative populaire du 5 janvier 2012 «Oui à l’abrogation du service militaire obligatoire» – L’initiative populaire a été rejetée par le peuple, par 1 762 811 non contre 644 985 oui, ainsi que par tous les cantons (annexe 3). »

Arrêté du Conseil fédéral constatant le résultat de la votation populaire du 22 septembre 2013

Serait-ce un simple vestige discret du passé patriarcal de la Suisse ? Que nenni. Premièrement parce que la possibilité qui leur est accordée d’effectuer un service militaire (sur la base du volontariat) va à l’encontre de ce patriarcat fantasmé. Deuxièmement parce que plusieurs référendums récents prouvent le contraire. Un premier en 2013, demandant au peuple si oui ou non il fallait abroger l’obligation du service militaire. La réponse fut ‘non’ à hauteur de 73% et aucun canton n’y a été favorable. Ainsi qu’un second qui n’a pas vu le jour car le groupe de travail chargé par le Département de la Défense considère qu’« il n’y a pas lieu de prévoir une obligation de servir pour les femmes pour le moment ». Les femmes maintiennent leur droit de vote, sans pour autant faire face aux mêmes responsabilités que les hommes. Rappelons que cette obligation aurait pu se traduire par la même taxe à laquelle les hommes sont soumis.

En réalité, leur maternité est considérée comme un service civique (par Emilie Kempin-Spyri notamment), justifiant l’exemption de la conscription et de la taxe d’exemption. Sans même s’attarder sur l’immoralité d’une telle justification, on peut remarquer plusieurs limitations à cette justification. Premièrement, n’est-il pas hypocrite de se plaindre d’un côté de la réification de la femme et de sa réduction à sa fonction reproductrice, pour ensuite s’en servir comme prétexte pour ne pas lui imposer autant de responsabilités qu’aux hommes ? C’est littéralement la même justification que l’approche patriarcale. Deuxièmement, les femmes nullipares ou qui n’ont qu’un seul enfant ne sont pas soumises à un cet impôt. Or, tant qu’elles n’ont pas au moins deux enfants, elles ne remplissent pas leur « devoir civique », donc, par soucis d’équité, de réciprocité et pour montrer que les femmes sont tout autant des adultes responsables que les hommes, la défense féministe aurait dû défendre pareil impôt. Là encore, la pertinence féministe a fait défaut.

En Europe

Ce phénomène ne se cantonne pas à la Suisse, bien au contraire. La Norvège fait aujourd’hui exception et, depuis 2015, les femmes sont également soumises au service militaire (ou peuvent s’acquitter d’une taxe d’exemption), bien qu’ayant acquis leur droit de vote avant la première guerre mondiale. Les rôles des femmes sont certes différents de ceux des hommes dans l’armée, mais elles y prennent part et y sont également soumises. Qu’on soit d’accord ou pas, force est d’admettre qu’il y a réciprocité et cohérence et c’est tout ce que ma position exige. La Norvège est cependant un cas unique au monde.

Outre la Suisse, la Grèce continue de soumettre exclusivement ses hommes au service militaire, les femmes y ont obtenu le droit de vote en 1930. Idem pour la Suède (1921) ; la Finlande (1906) ; le Danemark (1915) ; l’Estonie, la Lituanie et l’Autriche (1918). Comme pour la Suisse, une récente initiative démocrate en Autriche a appuyé ce fonctionnement inégalitaire.

« Mes sœurs, les élections sont proches. La femme finlandaise est la première à avoir obtenu le droit de vote en Europe : soyons dignes de l’honneur et de la responsabilité que cela représente ! Mes sœurs, faisons en sorte que personne ne manque à l’appel à l’heure où se jouera la composition du premier Parlement finlandais authentiquement démocratique. Celle d’entre nous qui viendrait à se tenir à l’écart de ce scrutin sans motif valable aura à assumer une lourde responsabilité. »

Profession de foi d’Hedwig Gebhard, candidate aux élections législatives finlandaises de 1907

On parle souvent du droit de vote comme ayant été un privilège de bourgeoise, puis d’hommes. Les hommes sont les premiers à avoir pu voter. Admettez donc cet autre privilège : les femmes sont les premières élues et les premières votantes à ne pas avoir eu besoin de se soumettre à la conscription en raison de leur sexe, privilège qui persiste dans une bonne partie de notre Europe égalitaire. Pourquoi ne serait-ce pas là une oppression des hommes en raison de leur sexe ? La Norvège fait d’ailleurs office d’exception pour une autre raison qu’est le maintient du service militaire obligatoire. De manière générale, les féministes se battaient plutôt pour l’arrêt du service militaire obligatoire plutôt que son extension aux femmes.

Dans le monde

On retrouve ces phénomènes partout dans le monde.

  • La convention contre le travail forcé de 1930 qui excluait les hommes de 18 à 45 ans de l’esclavage.
  • Le traitement des esclaves au XIXème siècle.

« At common law, courts of justice had jurisdiction to impose a sentence of whipping on persons convicted on indictment for petty larceny or misdemeanours of the meaner kind […]. The whipping of women was absolutely prohibited in 1820 by the Whipping of Female Offenders Abolition Act of that year. But there are numerous statutes authorizing the imposition of a sentence of whipping on male offenders. »

Encyclopædia Britannica Volume 7, Corporal Punishment, Alexander Wood Renton (1991)

NDLR : Lire aussi « Representations of Slave Women in Discourses on Slavery and Abolition, 1780–1838 », Henrice Altink (2005)

  • Les violences en temps de guerre et la compassion à deux vitesse qu’elles suscitent (e.g. le cas Boko Haram/BringBackOurGirls).
  • Les mutilations génitales dont la condamnation est partielle et surtout hypocrite en Europe, et encouragée dans le Tiers-Monde par l’OMS pour des raisons tellement absurdes qu’elles justifieraient l’amputation préventive d’une des glandes mammaires des petites filles.
  • Les lois sur les violences intimes qui ne concernent que rarement les hommes victimes (explicitement ou non).
  • Etc.

II) La France, l’argument étendu du violoniste

On retrouve encore aujourd’hui en France des injustices sexistes concernant les hommes. Pour vous montrer à quel point notre vision du passé est biaisée par notre gynocentrisme, je vais essayer de vous convaincre promptement que les femmes ont aujourd’hui plus de droits que les hommes et que l’égalité n’est en réalité pas atteinte contrairement à ce qu’on croit. Comme les indices mesurant l’égalitarisme d’une culture, on considère qu’une situation qui privilégie les femmes est une situation égalitaire.

Il n’existe pas d’équivalent masculin à l’avortement ou l’accouchement sous X. Pour l’accouchement sous X, c’est indéniable, alors les détracteurs de mon propos vont généralement esquiver ce point et je pourrais m’arrêter là. Cependant, l’injustice est la même pour interruption volontaire de grossesse et peu de gens en ont conscience. Pour le montrer, je vais reprendre l’argument du violoniste de Judith J. Thomson, qui est l’une des réflexions les plus populaires et convaincantes concernant la légitimité et la moralité de l’IVG.

« Vous vous réveillez un beau matin et vous retrouvez dos à dos au lit avec un violoniste inconscient. Un célèbre violoniste inconscient. On lui a diagnostiqué une maladie des reins mortelle. La Société des Mélomanes a examiné tous les dossiers médicaux disponibles et a déterminé que vous seul aviez le bon groupe sanguin pour le sauver. Ils vous ont donc enlevé la nuit dernière et le système circulatoire du violoniste a été branché au vôtre, de sorte que vos reins puissent filtrer son sang en même temps que le vôtre. [S’il est séparé de vous, il meurt ; mais s’il ne l’est pas au cours des neufs prochains mois], il aura récupéré de sa maladie, et pourra en toute sécurité être séparé de vous »

L’argumentaire a plusieurs limitations, mais ce n’est pas le sujet ici. Globalement je trouve ces critiques assez faibles, même si elles sont légitimes car cet argument à lui seul ne suffit pas. L’important ce n’est pas ce que j’en pense ou ce que vous vous en pensez, mais les féministes acceptent cet argument et c’est l’un de leurs meilleurs arguments. Globalement, c’est un argument qui est grandement accepté au-delà des cercles féministes.

Or, j’espère vous convaincre qu’il peut s’appliquer aux hommes. Pour les hommes, ce serait comme si la femme était dans cette exacte situation, mais qu’elle décidait de garder ce violoniste et en exigeant à l’homme de subvenir aux besoins de la femme et du violoniste. L’homme a alors le droit moral de refuser. Comme pour l’argument originel, celui-ci présente plusieurs limites. Ce n’est qu’une analogie, c’est normal. L’avortement est soumis à un délai, donc la décision de l’homme doit être donnée dans un délai moindre par exemple.

NDLR : Un article dédié sera certainement rédigé pour répondre aux critiques qu’on adresse à cet argument.

Généralement, les personnes – pas forcément féministes d’ailleurs – qui entendent cet argument y sont totalement fermées. Elles auront l’impression qu’il s’agit de donner la décision de l’avortement à l’homme. Or ce n’est pas le cas. Le droit de la femme reste intacte, la femme ne perd rien, si ce n’est sa domination envers le père qu’elle désigne. Elle peut toujours avorter, ou non. Si l’homme donne son accord et revient sur sa position une fois le délai légal d’avortement est dépassé, il reste dans l’obligation de reconnaitre cet enfant. Il s’agit de bon sens en réalité.

III) Le patriarcat

Comme vu plusieurs fois dans précédents articles, le féminisme rationalise l’aspect du patriarcat opprimant les hommes en considérant que ce n’est qu’un retour de bâton du patriarcat, un retour de bâton de privilège. Pourquoi ne pourrions-nous pas dire la même chose des femmes ? « Si elles ont moins de droits, ce n’est pas parce qu’elles sont opprimées, mais parce qu’elles davantage protégées, etc. Donc cette absence de droits n’est qu’un retour de bâton de leur position privilégiée ». Ce qui justifie la position féministe, c’est son point de départ gynocentré, centré sur la position des femmes, ignorant celle des hommes, ou plutôt ignorant la complexité de celle des hommes. On peut même défendre l’idée qu’elle ignorait la complexité de la position des femmes. Il s’agit pour cette idéologie de simplement reprendre l’image d’Épinal du patriarcat montrant la femme comme faible et passive et de s’en servir comme point de départ.

Dans les faits, les femmes n’ont pas besoin du droit de vote pour faire voter des lois. Le cas le plus connu est celui de la prohibition aux USA. Ce ne sont pas « les hommes » qui décident des lois, des dynamiques des relations entre les hommes et les femmes, du déroulement de la vie des femmes. L’excision, le contrôle des comportements sexuels, des tenues vestimentaires, etc., sont des pratiques majoritairement pratiquées et encouragées par des femmes. Il s’agit de compétition intra-sexuelle. Un autre exemple est celui de l’avortement. On vous dira que c’est le patriarcat, et donc les hommes, qui empêchent cette pratique. Or, on sait qu’au contraire, les hommes sont au moins autant favorables à la légalisation de cette pratique que ne le sont les femmes. On rationalise alors par misandrie pour continuer de diaboliser les hommes en prétendant que là encore, c’est pour profiter du corps des femmes. Si l’homme est défavorable, c’est un porc ; si l’homme est favorable, c’est un porc ; si l’homme est indifférent, c’est un porc.

On présume l’homme comme violent, lubrique, immorale. Le patriarcat d’antan apportait une explication naturelle, le féminisme apporte une explication socio-constructiviste, mais les deux déterminismes sont misandres. L’un est simplement plus sophistiqué et pompeux que l’autre.

NDLR : Un article insistant sur le féminisme première vague et même le proto-féminisme en Grande-Bretagne sera certainement rédigé en complément de celui-ci dans le but de développer un peu plus la partie concernant la validité de la prémisse du féminisme.

2 Replies to “Introduction à l’anti-féminisme (Partie VIII) : De la validité de la prémisse féministe”

  1. Belle mise en perspective : effectivement je n’avais jamais envisagé le droit de vote comme étant conditionné par la circonscription et pourtant c’est une évidence puisque le vote délègue aux élus le pouvoir de déclencher des guerres…Avant de voter, il fallait traditionnellement bien peser l’orientation politique des élus pour qui le votant allait risquer sa peau….Bon point aussi pour l’excision mais on parle trop peu de la circoncision (après la circonscription lol ) qui apparait comme une évidence rarement remise en question. La plupart des américains sont circoncis.

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