Les féministes font leur cinéma…

Dans le domaine du féminisme, on retiendra deux événements de cette semaine, dont la concomitance accidentelle nous donne matière à penser.

La farce des Césars

Le premier, bien entendu, c’est la cérémonie de remise des Césars où tout le gratin du cinéma français s’est précipité pour une séance collective de sado-masochisme repentant. Passons sur les bouffonneries non-oppressives avec des blagues aussi drôles que « chaque fois que je suis dans une salle, je compte les noirs ». Ou Florence Foresti, moins drôle que jamais. L’humour en 2020 ressemble plus à une télé-réalité de MalaiseTV qu’à la virtuosité d’un Pierre Desproges, il faudra s’y habituer puisque c’est le « progrès ».

Au milieu des visages, pris d’une douloureuse anxiété, se préparait un autre vaudeville, aux ficelles connues depuis que le Spectacle est spectaculaire. De courageuses héroïnes féministes s’étaient juré que si jamais Roman Polanski remportait une statuette, ne serait-ce qu’une seule, alors elles quitteraient la salle avec fracas pour bien faire savoir leur désaccord au monde entier. Ce qui ne manqua pas d’arriver, et ainsi une tripotée d’actrices obtint le temps d’un mot-dièse un peu de cette gloire que leur talent manquant ne leur avait pas assuré.  Il y eut même une deuxième ration de gloriole, sous la forme d’articles dans la presse féminine sur l’air de « si j’avais été dans la salle, je l’aurais quittée aussi »… On ne demandera pas à quoi sert de fantasmer sur sa présence dans une salle, si c’est pour en sortir.

Mais là n’était pas la fin de cet épisode des Césars. Les féministes dépitées que leurs fulminantes diatribes twitteriennes ne parviennent pas à empêcher un film honnête d’obtenir un prix, ont fait sortir le grand orchestre symphonique des larmichettes victimaires. Et en cadence, les journaux de publier des douzaines d’éditos, d’articles ou de fantasmes sur le cinéma français profondément patriarcal et masculiniste. Insistons sur le mot : masculiniste. Masculiniste, le cinéma français qui depuis la nouvelle vague s’évertue à créer des femmes fortes, parfois jusqu’à nous donner la nausée. Nous passerons sur les accusations devenues banales (« sexisme ordinaire », « objectification », « invisibilisation »…) mais dont la véracité n’est jamais appuyée par des arguments sérieux.

Céline Sciamma est au-delà de tout cela, affranchie des dettes patriarcales, et désigne l’au-delà, la terre ferme utopique vers laquelle naviguer pour sortir du jeu du patriarcat mourant. Cette victoire décernée à Polanski se veut un pied de nez des privilégiés, chant du cygne avant la mort finale comme me l’a dit un ami féministe.

Ursula del Aguila, Le monde du cinéma français est masculiniste, patriarcal et hétérocentré – HuffPost

Nous savons aussi que le patriarcat touche à sa fin. Nous ne l’avons jamais observé ce patriarcat, mais à en croire les incontinentes éditorialistes féministes, le César de Polanski était un baroud d’honneur ! Le « grand soir » est pour bientôt. Il arrive. Le patriarcat s’effondre. Il craint les femmes désormais, toutes les femmes parce qu’elles sont si fortes, toutes ensemble, que le patriarcat en tremble d’avance…

Photo by Kyle Loftus from Pexels

Quelques voix dissonnantes

Face à tout ce cinéma, on a bien senti une forme d’agacement chez certains acteurs. Ils ont beau être bien-pensants depuis 30 ans, se répandre quotidiennement en jésuiteries progressistes, et malgré tout n’ont pas le beau rôle. Se pourrait-il que la bien-pensance soit un tonneau des Danaïdes qui ne se remplit jamais et ne soit jamais rassasié ? Le doute s’insinue jusque dans les cerveaux les mieux-pensants. Jean Dujardin qui croyait faire un film pour une noble cause, n’a pas pu retenir son irritation face aux gesticulations et aux furies féministes…

Même du côté des femmes, il semblerait qu’un ras-le-bol commence à se manifester. Et en effet, doit-on s’étonner que les femmes de bonne éducation ne souhaitent pas partager l’hystérie paranoïaque et vulgaire d’une Virginie Despentes ? Ainsi Roman Polanski peut-il compter sur Fanny Ardant, Carla Bruni, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot ou Isabelle Morini-Bosc pour le soutenir et suggérer qu’à ne pas séparer les oeuvres de leurs artistes est une régression plutôt qu’un progrès.

Un rapport du HCE sur le sexisme

Le deuxième événement est lui passé un peu en dessous du radar médiatique. La seconde édition du rapport annuel sur l’état du sexisme en France a été présentée par le Haut Conseil à l’Égalité. Le document ne nous apprend pratiquement rien de nouveau, mais il a le bon goût de le faire en glosant sur 146 pages. Assez pour savourer le fadotage (radotage féministe) dans toute sa splendeur et se payer quelques fous-rires.

En vrac, le monde politique est un bastion du sexisme, le langage est un outil de pouvoir masculin, l’élection Miss France est caricaturale car elle ne juge la femme que sur des critères physiques et d’ailleurs les spectateurs de l’émission « objectifient » (sic) les candidates, les écoles d’ingénieurs sont composées de dangereux « virilistes », les émissions de télé-réalité exacerbent la figure du Don Juan, Caroline de Haas et ses cinq entreprises sont ciblées par des commentaires désobligeants et 99% des femmes ont subi du sexisme en 2019…  

Notons bien que ce tartinage d’élucubrations ne provient pas d’un groupe de filles à papa jouant à l’anarcho-féminisme pour se divertir, mais de fonctionnaires d’Etat ayant pignon sur rue.

Et quelles solutions nous propose-t-on pour remédier aux mille et une misères de la femme moderne ? Comme d’habitude. Faire des rapports (histoire d’occuper une douzaine de doctorantes en études de genre), faire des formations (ce qui consolera un peu Caroline de Haas…), financer la lutte contre les stéréotypes et enfin décréter une journée de lutte contre le sexisme.

Conclusion  

Contrairement à ce que certains ont écrit, le malaise étouffant des Césars 2020 n’était pas exceptionnel ou lié à la figure controversée de Polanski. Polanski n’est que l’incarnation éphémère et jetable des deux minutes de la haine d’Orwell. Le malaise est là pour durer, c’est le malaise d’une société toute entière où des lobbies sacrifient le cinéma lui-même par cupidité. Le caprice féministe continuera, il continuera de se nourrir d’argent public et le rapport du HCE lui donne pour cela de nouvelles munitions…

2 Replies to “Les féministes font leur cinéma…”

  1. Merci pour ces infos, j’avoue que je n’avais pas suivi.
    Par contre, j’ai vu la vidéo de analgenocide sur le film de la jeune fille en feu avec adele haenel, et le livre écrit dessus nottament par rapport au “malegaze” et “femalegaze” (merguez ;D )
    Il fait une super analyse, vraiment je conseil la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=tCeZ1tuL1a0

  2. MosM – Vous pensez qu’il serait pertinent de faire des vidéos sur le patriarcat non pas sous l’angle ultra gynocentré des féministes mais avec des lunettes d’anti-féministe ? Car je pense que si on devait jouer la compet victimaire avec les féministes, je pense qu’elle ne gagnerait pas forcément.
    Je pense que ce serait super, car il n’y a quasiment rien dessus et qu’elles nous le ressortent systématiquement pour tout et n’importe quoi, pas un sujet facile mais il y de quoi faire.

    Puis je voulais vous faire une deuxième suggestion, qui pareil on ne voit quasi pas sur youtube à part j’ai vu une fois sur une vidéo d’alexis fontana, mais c’était une analyse cousi cousa, je propose : Analyse des subventions, raison d’octroi, légitimité par rapport à l’égalité homme-femme, etc…

    Bonne journée, et encore merci pour votre travail.

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