Réponse à Paul B. Preciado, philosophe pyromane…

Il n’est jamais agréable de devoir écrire un droit de réponse, encore moins à ce qui s’apparente à du sabir sociologique ou, pour s’en tenir strictement aux faits, aux éplorations verbeuses d’un philosophe féministe.

De quoi parlons-nous exactement ? D’un billet d’humeur publié en date du 29 Novembre dernier par le journal Libération, et s’épanchant sur le terme de “féminazie” qui semble beaucoup émouvoir dans les rangs féministes. Le propos se structure en trois parties : une dénonciation de toute position opposée au féminisme, une tentative de justification de l’inadéquation du vocable et une fin qui s’intéresse aux conditions acceptables de l’usage du mot.

Un festival d’amalgames

Hélas, l’auteur sacrifie à la virulence de la forme le peu de nuances qu’on aurait été en droit d’espérer de lui. Tout en se plaignant de l’insolent raccourci, il nous assène en deux phrases ce qui lui semble relever de l’évidence : le “patriarcal colonial” est un “ancien régime sexuel” en passe d’être renversé par la révolution féministe.

Cette description pleine de féminisme intersectionnel, décidément très à la mode, a de quoi surprendre. Quel rapport entre l’aristocratie, le colonialisme, les revendications féministes ? Aucun, navré de devoir le rappeler. N’y a-t-il pas un suprême mépris à comparer les souffrances aristocrates de duchesses avec celles des esclaves des colonies, et de tout placer sur un pied d’égalité, sans distinction, ni nuance ? Et que dire de ce gigantesque amalgame de la masculinité, du colonialisme, de la sexualité et des régimes politiques dans un journal qui nous a habitué à la dénonciation des amalgames ?

Le refus d’un débat honnête

Plus loin, notre auteur décide de présenter la position de ses adversaires, des fâcheux à la fois ridicules et dangereux. Parce que oui, nous l’apprendrons rapidement, tous les hommes opposés au féminisme radical sont en réalité violents et totalitaires.

En renversant les positions d’hégémonie et de subalternité, les pères du technopatriarcat confèrent un pouvoir absolu aux minorités sexuelles, aux femmes, aux transgenres, aux homosexuels, aux pédés, aux gouines et aux corps de genre non binaire ; ils leur transfèrent fantastiquement les violences totalitaires qui ont été et sont encore les leurs. Comment est-il possible d’appliquer l’adjectif «nazi» précisément aux corps que le nazisme considérait infrahumains et dispensables ?

Signalons, encore une fois, à notre plumitif que l’Histoire est contrariante. Les femmes ont compté parmi les plus fervents soutiens d’Hitler. Voir par exemple le livre de Wendy Lower ou bien cet article. Des femmes, comme des hommes, ont soutenu le nazisme. La problématique n’est pas genrée et il serait ridicule de faire croire que seuls les hommes ont soutenu cette idéologie. Enfin, si le nazisme considérait sans doute les corps féminins comme dispensables, il en faisait tout autant des corps masculins sacrifiés sur les champs de bataille.

Tout mouvement à visée totalitaire risque de se voir comparé à d’autres mouvements totalitaires. Le féminisme, dont certains membres appellent tranquillement à “la réduction de la population masculine de 90%” et qui estime, comme Preciado lui-même, que la vie privée relève d’un combat politique, mérite amplement l’adjectif “totalitaire”. Féministes influants qui d’ailleurs, ne sont jamais dénoncés comme extrémistes dangereux, mais souvent embauchés comme professeurs d’université…

Qu’il nous soit permis de rappeler au suiveur de Derrida que le nazisme n’a pas commencé avec la solution finale. Le nazisme est l’idéologie qui l’a justifiée aux yeux du peuple allemand. De même, le danger des textes revenchards du féminisme d’hier et d’aujourd’hui c’est qu’ils encouragent à la violence. Ce texte, par aspects, en est le parfait exemple.

L’art de la mesure

Notre scribouillon s’engouffre ensuite dans une fougueuse anaphore féministe. Soit, on n’attendait rien de moins de sa part, c’était bien le moins qu’il puisse faire pour arracher quelques larmes à ses lectrices. Mais que croit ce monsieur ? Que la misère se borne à un seul sexe ? Que les pauvres hères sont mieux lottis que les pierreuses dont ils partagent les routes d’Europe ?

Quand nous sortirons en groupe pour nous payer un travailleur du sexe précaire que nous trouverons à moitié nu sur les bords des routes de la périphérie des villes, un homme jeune souvent migrant à qui on ne reconnaîtra pas le droit au travail, qui sera considéré comme un criminel et qu’une police composée presque uniquement de femmes aura le droit de violer et de harceler, alors oui, à ce moment-là, lorsque nous payerons cinq euros un travailleur du sexe pour une petite succion clitoridienne dans une voiture, alors vous pourrez nous appeler des féminazies.

Figure de style, troll de mauvais goût, pensée binaire, on hésite sans pouvoir trancher. La police, selon ce monsieur, a “le droit de violer et de harceler”. On s’étouffe en lisant. Aurions-nous mal lu le droit français ?

Et même si, un jour, nous vous soumettons, nous vous exotisons, nous vous violons et vous tuons, si nous accomplissons une tâche historique d’extermination, d’expropriation et de soumission comparable à la vôtre, nous serons alors tout simplement comme vous. Alors, oui, à ce moment-là, nous pourrons partager avec vous l’adjectif «nazi».

Aussi, découvrons-nous que tous les hommes qui s’opposent au féminisme (et encore, il est vraissemblable que tous les hommes puissent être mis dans le même sac) sont effectivement des nazis. Scène surréaliste où un philosophe halluciné répond à quelques querelleurs du net qu’ils sont des nazis, sachant que c’est très exactement ce qu’il leur reproche.

Dans la droite ligne des hérésies de notre temps

La mesure et la nuance ne sont pas dans l’ADN de Preciado, dont la seule véritable idée, l’idée d’une vie féminine comme masculine, repose sur le détournement utilitariste de la sexualité à des fins politiques.

Idée que l’auteur a poussé jusqu’au confins de l’abjection et de la dépravation. Ses propos scandaleux de 2014 dans une tribune de Libération parlent d’eux-mêmes…

Par l’abstinence et par l’homosexualité, mais aussi par la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… et l’avortement. Ne laissons pas pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique.

Déclarer la grève des utérus, Tribune Libération 2014

Rappelons aussi sa proposition pour l’avenir de la sexualité dans un monde “sans rôles de genre”.

Dans le cadre de l’abolition des stéréotypes de genre, l’anus devient le nouveau « centre universel contra-sexuel »

Manifeste contra-sexuel, 2000
Photo de Jens Mahnke Pexels

Le philosophe pyromane

Après son discours incendiaire, notre philosophe nuancera que lui-même ne souhaite pas se venger. C’est dit avec tant de discrétion, l’incise est si brève (“je n’imagine, ni ne désire”), que l’inattentif ne l’aura pas vu.

Appel à la violence ou rêve éveillé, la tirade de Paul B. Preciado est surtout un outil de déresponsabilisation. Pour reprendre ses mots, il reste “beaucoup, beaucoup de marge” dans l’entreprise d’une vegeance méthodique contre les hommes. Et nous, hommes, devrions considérer normal que la meute se mette en marche et réclame le cruor (le sang versé) et la flamme (“le kérosène c’est pas pour les avions, c’est pour brûler violeurs et assassins !”).

Sur le fond, la militante estime qu’il «faut prendre le slogan au second degré. Il faut le comprendre comme : on ne se laissera plus faire, et la peur doit changer de camp. Si on se formalise sur le premier degré, on se trompe de combat. C’est qu’on n’a pas compris d’où vient la violence principale.»

Libération, Des militantes ont-elles appelé à «brûler les violeurs» au kérosène lors d’un happening à Paris ?

Il semble que Paul B. Preciado danse comme Néron devant Rome en feu, plume à la main. La vision du monde de Preciado n’est pas “radicale” mais délirante, hargneuse et dangereuse. La pensée de Preciado, finalement, est à la philosophie ce que la sorcière féministe est à la femme, sa corruption furonculeuse !

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