Droit de réponse : Sorcières de tous les pays, unissons-nous !

Une pétition lancée le 3 Novembre appelle à redorer l’image des sorcières et à unir toutes les féministes derrière cette figure. On aurait pu croire à une blague, mais le texte est signé par Marlène Schiappa, Eve Ensler, Charlotte Gainsbourg, et de nombreuses représentantes d’associations (Femen, Osez le féminisme…).

Photo de Joy Marino Pexels

Brève présentation du texte

Les pétitions et les lettres d’amour ont plusieurs points communs : il s’en écrit des milliers tous les jours, elles touchent rarement leurs destinataires, certaines sont grandioses et d’autres sont médiocres, certaines sont superbement naïves et d’autres sont abyssalement stupides.  

La dernière pétition féministe en date est une lettre d’amour qui déclare sa flamme aux sorcières et elle est plutôt du genre médiocre. Sur deux pages de texte on nous explique ainsi que les sorcières, loin de l’image d’Epinal qu’on s’en fait, étaient des femmes admirables. On nous écrit qu’elles ont été pourchassées par pure misogynie et que, les admirant pour leur courage et leur liberté, les féministes modernes doivent se déclarer leurs filles spirituelles et leurs soeurs (rien que ça).

Un passage ampoulé vaguement marxiste pourrait résumer le propos :

Nous nous déclarons filles spirituelles des sorcières, libres et savantes. Nous nous déclarons soeurs de toutes celles qui aujourd’hui encore, parce qu’elles sont femmes, risquent la violence et la mort. Sorcières d’hier, sorcières d’aujourd’hui. Sorcières de tous les pays. Sorcières femmes – et hommes qui nous soutenez, disons haut et fort notre solidarité et notre sororité.

Extrait de la pétition

La réécriture sans limite de l’histoire

La réécriture de l’histoire fait partie de l’agenda, c’est entendu. Pas besoin de lire tous les philosophes post-modernes pour comprendre que c’est là le moyen et la finalité de l’action postmoderne. Mais tout de même, on reste parfois sans voix devant les raccourcis grossiers et les manipulations grotesques, le tout délayé dans des doses quasi-létales de pathos victimaire.

Commençons par le plus visible, peut-être : le goût marqué de cette nouvelle pétition pour la psychologie de comptoir à deux sous. Les balais des sorcières sont phalliques, l’acte de chevaucher un balai est une référence à l’acte sexuel, l’apparence physique des sorcières participe de la réification ou de l’hypersexualisation des femmes. Consternant. Résumer la problématique des sorcières à des femmes libres qui veulent jouir sans entrave relève de la mauvaise foi, de l’aveuglement ou de la méconnaissance du sujet. Les condamnations font bien plus souvent apparaître l’infanticide, l’empoisonnement ou des pratiques magiques/sataniques que des revendications sexistes comme motifs.

Plus en détail, il faut s’attarder un instant sur l’argumentaire. Les sorcières (fortes et indépendantes) auraient été persécutées à cause de leur liberté, de leur sexualité et de leur pouvoir sur les hommes. La chasse aux sorcières serait donc un acte à la fois ignoblement patriarcal et foncièrement misogyne ! Or, la réalité semble s’écarter un peu de cette version officielle. Commençons par rappeler que loin d’être une extermination de masse, les sorcières recensées sur la page Wikipedia dédiée sont moins de 500, et ce pour plusieurs pays d’Europe et plusieurs siècles d’histoire. On est assez loin du nombre de victimes du seul massacre de la Saint-Barthélémy, sans parler de la chasse aux hérétiques huguenots…

Signalons aussi qu’entre 15 et 20% des “sorcières” sont en fait des sorciers. Et que certaines des femmes condamnées le sont en tant qu’épouses de sorciers… Exit donc l’explication prête à l’emploi de “misogynie”, à moins que toute situation qui touche 80% de femmes soit fatalement le fait de misogynie. Après tout, c’est bien ce qu’on nous explique pour les violences conjugales

Photo de Dark Indigo Pexels

Le choix des symboles

Le choix de la sorcière comme porte-étendard du féminisme n’est pas anodin, ni nouveau. Si la lutte féministe contre le mythique “patriarcat” devait trouver un parallèle religieux, ce serait la lutte de l’occulte, du sombre, du Mal contre le vrai, le juste et le Bien. Il y a quelques années, c’était Lilith qui avait la faveur des féministes. Aujourd’hui ce sont les sorcières.

La sorcière, symbole de pratiques esotériques sombres et symbole de magie noire. Contestation non de la masculinité mais de la religion, non du patriarcat mais de Dieu le père.

La société patriarcale se nourrit des cendres de ces femmes et ces filles. En Europe, il aura fallu des siècles aux femmes pour se relever. Mais après la terreur, c’est une incroyable force qui aujourd’hui ressurgit de ces cendres, portée par toutes celles, autrices, chercheuses, artistes, militantes, femmes agissantes et engagées, qui, au siècle dernier et aujourd’hui, ont commencé à faire reculer la peur et à ouvrir les premiers barreaux de nos cages.

Extrait de la pétition

La glorification de la sorcière témoigne de la noirceur du féminisme contemporain, et de son hypocrisie. Défendre le crime (nous parlons de cas d’infanticides et d’empoisonnement) au nom de l’égalité et du pouvoir des femmes (dans le cadre de ce que Philippe Muray appelerait l’Empire du bien), n’est ce pas le dernier degré du cynisme et de la perversion ? Que penser d’ailleurs de la signature d’Eve Ensler, qui dans ses Monologues du vagin se livrait à l’apologie des actes pédophiles ? Faut-il y voir un modèle à suivre pour cette “sororité” ? Terme, au passage, dont le choix a de quoi laisser suspicieux…

Que penser de cette pétition ?

Après tout, cette pétition ne traduit-elle pas un besoin de religion dans une société qui voudrait se passer de Dieu ? Dans plusieurs pays, les scientifiques constatent que les femmes sont bien plus religieuses que les hommes (cf aux Pays-Bas et au Canada).

Certaines féministes ne cherchent-elles pas à mettre en place leur propre Panthéon avec ce qu’il peut comporter de malsain ? Car la sorcière reste fondamentalement individualiste. Et si pouvoir elle a, elle se garde de le mettre au service de l’intérêt collectif pour en conserver les bénéfices.

On serait tenté de voir dans cette pétition la recherche confuse d’une figure historique pour un mouvement en perdition. Problème qui dépasse largement le cadre franco-français puisque féministes américaines faisaient déjà référence aux sorcières il y a quelques mois.

Reste un texte sombre, inquiétant, grotesque dans ses mensonges et débilitant dans son lyrisme. Pourtant, que de signataires pour l’appuyer, que de célébrités pour y apposer leur nom !

One Reply to “Droit de réponse : Sorcières de tous les pays, unissons-nous !”

  1. Il es justement temp pour les hommes de déclarer la guerre a ces salles sorcières qui portent bien leur noms, car c’est ce qu’elles sont, justement,des méchantes sorcières cruelles, méchantes et sans empathie.

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