Couleur des jouets, féminisme et logique Shadok

Les priorités ministérielles sont parfois troublantes : alors que les économies occidentales semblent s’orienter vers une récession et que la FED et la BCE renflouent en urgence les banques en liquidités, le Secrétaire d’État à l’Économie avait cette semaine une autre priorité : signer une charte pour lutter contre les stéréotypes de genre dans l’univers des jouets.

Un petit pas vers l’égalité “réelle” ?

Officiellement, il s’agit de permettre à long terme la parité homme/femme dans les domaines scientifiques (STEM).

« On sait que la période des 1.000 premiers jours (de vie), c’est là où beaucoup de choses se construisent pour l’enfant »
« lutter contre les discriminations plus tard cela passe par une action dès ces premiers jours-là »

Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat à l’Enfance

Les jouets et l’environnement des enfants avant 3 ans aurait ainsi une contribution suffisante pour empêcher les filles de prendre goût à la résolution d’équations différentielles quinze ans plus tard. Dans le même style, le magazine Capital avait par exemple expliqué que le nom très patriarcal de la “game boy” expliquait la faible proportion de femmes dans les domaines de l’intelligence artificielle.

Photo de Anthony Pexels

Un lien de causalité entre la couleur des doudous et les choix de filières professionnelles n’a cependant jamais été démontré à notre connaissance. En revanche, on croit savoir qu’il existe des différences de préférences entre les sexes.

Comment un lobby peut en cacher un autre…

La charte a été établie par des industriels, des vendeurs, le CSA, des associations familiales et féministes. Le marché de la “formation contre le sexisme” étant tenu par des féministes, il aurait été surprenant que la charte n’inclut pas un volet sur la formation. N’ayez crainte, on va bien former les vendeurs à lutter contre les stéréotypes de genre :

La charte dispose également d’un volet « formation des vendeurs », afin qu’à l’avenir ceux-ci remplacent la question « c’est pour un garçon ou une fille ? » par « qu’est-ce qu’aime l’enfant ? »

Article du journal 20 minutes

L’annonce du Secrétariat d’ État à l’Économie intervient quasiment simultanément avec celle du fabricant Mattel. Le créateur de la célèbre Barbie lance une poupée au sexe “neutre”. Le lobby LGBT est vraisemblablement impliqué dans la mise en vente de ce type de jouets, substrat malléable et compatible avec les indénombrables genres. Une poupée au genre fluide, quel progrès !

Photo de rawpixel.com Pexels

La mythologie grecque et les préférences hommes/femmes…

En pratique pourtant, cette théorie socio-constructiviste relève davantage de l’idéologie que de la réalité. De nombreuses études (Alexander et al. 2009, Todd et al. 2016) attestent d’une différence de préférences pour les jouets dès le plus jeune âge (37h après la naissance pour Connellan et al. 2000). Les bébés garçons sont plutôt attirés par les objets et les bébés filles par les représentations humaines. Chose qui est également observée chez les macaques.

La mythologie greco-romaine en a même fait un épisode de la jeunesse d’Achille que décrit Ovide dans les Métamorphoses : le jeune Achille est caché par sa mère qui ne veut pas le voir partir au combat. Il est cependant rapidement démasqué par son goût pour les choses masculines.

La Néréide, avertie de la mort prochaine de son enfant Achille, le travestit pour le cacher. Tous s’y trompent, y compris Ajax, à cause du déguisement que portait Achille. Mais moi, afin de toucher sa fibre virile, j’ai caché des armes parmi des articles pour dames. Et malgré ses habits de fille, il a pris aussitôt en main un bouclier et une lance.

Ovide, Les Métamorphoses
Nicolas Poussin, Achille parmi les filles du roi Lycomède (1656)

Comme Achille, on pourra donc forcer des filles à jouer avec des petites voitures ou des briques de construction. Mais la réalité s’imposera malgré tout. La petite fille moyenne s’amusera 10 minutes avec un jouet qui occupera le petit garçon moyen pendant des heures. Si Lego et Kapla ne devaient leur succès auprès des garçons que pour la couleur de leur emballage, ça se saurait.

Aussi, les enfants sont déjà largement libres de choisir leurs jouets. Les écoles sont mixtes, il y a toujours des cousins, des frères ou des camarades de classe qui sont d’accord pour partager leurs jouets. Quand bien même, connaissez-vous beaucoup de parents qui résisteraient au caprice d’une petite fille demandant une boite de petit chimiste ?

La logique Shadok

La problématique des stéréotypes de genre est fascinante parce que relevant intégralement de la logique Shadok. On peut résumer le credo en deux phrases :

  • Si on lutte contre les stéréotypes de genre, alors le réel va changer.
  • Si le réel ne change pas malgré tout, alors il faut lutter davantage contre les stéréotypes de genre.

Pour ceux qui sont familiers des Shadoks, vous pouvez remplacer “lutter contre les stéréotypes de genre” par « pomper »… Quoi qu’il en soit, on part d’un postulat jamais démontré (stéréotypes de genre => différences) et on ne s’interroge jamais sur le postulat.

Que la logique Shadok soit bancale serait, à vrai dire, un moindre mal. Malheureusement, les Shadoks s’épuisent à pomper sans qu’aucun résultat concret ne soit obtenu.

On s’en convaincra avec le fameux paradoxe norvégien : les pays d’Europe du Nord qui comptent parmi les plus égalitaires et féministes ont en proportion moins de femmes en filières scientifiques que la plupart des pays musulmans patriarcaux. Rien ne sert de pomper, donc !

Conclusion

Le sacrifice des générations prochaines sur l’autel de la bien-pensance féministe continue, le tout dans des grands élans de logique Shadok. Il serait souhaitable qu’on arrête d’instrumentaliser les enfants à des fins politiques. Cessons de projeter sur eux des névroses idéologiques et laissons-les profiter de leur enfance !

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