La sortie du manège

Deuxième épisode de notre série sur le manège à queues. Nous allons parler de la sortie du manège et des différents types de femmes qu’on peut trouver en fin de parcours. Si vous avez raté le premier épisode, vous pouvez le trouver ici.

Après une décennie d’éblouissement, de séduction facile, de soirées arrosées, de fougue sans lendemain, de sexualité frénétique et sans limite, la jeune fille qui approche les 30 ans s’apprête à sortir du manège. Soit qu’elle se sente lasse et fatiguée par ses propres excès, soit que sa biologie lui rappelle durement qu’elle devrait penser à trouver un homme stable pour enfanter, soit que son âge avançant lui donne chaque jour un peu moins de pouvoir sur la gent masculine jadis si facile à conquérir… Bref, la jeune fille a vieilli et commence à comprendre qu’elle ne pourra pas durablement poursuivre ses tours de manège.

Catégorisons les quelques réactions classiques de la vieillissante jeune fille à la fin de son manège.

L’accro

L’accro est celle qui refuse de sortir du manège. Certes minoritaires, les accros sont de plus en plus nombreuses. On les reconnait facilement à deux indices.

Le premier, physique, c’est la surabondance de fausseté. L’accro fait tout pour ne pas se voir vieillir. Elle veut continuer à maintenir l’illusion d’une jeunesse qu’elle n’a plus. Elle tartinera plusieurs couches de maquillage, usera de tous les subterfuges vestimentaires possibles, et parfois ira jusqu’à user de chirurgie esthétique.

Le second, comportemental, c’est sa propre hyper-sexualisation. L’accro utilise le même stratagème que certains “boudins houellebecquiens” lorsqu’il s’agit de séduire : elle compense ses défauts physiques par une promesse toujours plus explicite de sexualité. Le regard braguette, les conversations sur des films pornographiques, les questions indiscrètes… Tout chez l’accro tend vers le sexuel puisqu’elle-même vit par et pour le sexuel.

Peu après, deux filles sont venues s’asseoir sur ce même canapé. Ce sont deux filles pas belles du tout, les deux boudins du service en fait. […] Pendant quinze minutes elles ont continué à aligner les platitudes. Et qu’elle avait bien le droit de s’habiller comme elle voulait, et que ça n’avait rien à voir avec le désir de séduire les mecs, et que c’était juste pour se sentir bien dans sa peau, pour se plaire à elle-même, etc.

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte

Malgré ses exagérations sexuelles et ses accumulations, l’accro finira probablement vieille fille, c’est-à-dire seule ou mal entourée d’hommes pressés de l’abandonner après l’acte sexuel. Comme au poker, elle s’est tant laissé enivrer par la facilité du manège qu’elle en a oublié de quitter la table et finit par se faire plumer.

Comment ne pas devenir accro au manège ?

L’assumeuse

Il y a des femmes qui décident d’assumer. Non pas parce qu’elles ont une particulièrement haute valeur morale, mais parce qu’elles savent bien qu’à notre époque, personne ne les critiquera pour leur abondant palmarès amoureux. Et d’ailleurs, celui qui oserait les critiquer se verrait immédiatement opposer quelques éléments de langage absolument classiques : “ne pas juger les gens”, “ne pas stigmatiser/mettre dans des cases/coller des étiquettes”, “qu’est-ce que ça change après tout ?”… À quoi vous pouvez rajouter des insultes (misogyne, frustré, connard), des propos sur le féminisme (« changer des mentalités de l’âge de pierre ») voire même des arguments pertinents pour appuyer le propos (« on est en 2019 quand même, 2019 ! »).

Voici par exemple ce que le bienveillant Huffington Post en dit, qui pourrait servir de modèle du genre :

QUI décide? Qui décide que ce nombre est acceptable et que celui-ci ne l’est pas?
Toi dans ton petit coin avec ton référentiel personnel?
En quoi 5 penis dans ton vagin c’est moins “grave” qu’avec 50? C’est quoi cette métrique de merde? Encore une fois, les expériences sexuelles ne sont pas des legos!
Ça me gave. Ça me gave profondément qu’on soit encore jugés, évalués et mesurés par un nombre qui ne veut rien dire.

Lyvia Cairo – HuffPost

Soyons positifs. Au moins, les femmes qui veulent assumer vous diront tout. Des plans à trois avec des drogues dures ? Oui oui, elles ont fait, « comme tout le monde, mais au moins, moi, j’assume ». Une période de deux ans à courir nue dans les bois, jouer de la musique et partager de l’amour dans une secte sexuelle ? Oui oui, elles ont fait aussi, « faut bien expérimenter quand on est jeune ». Une partouze géante dans une cave avec 14 inconnus ? Oui oui, elles ont fait, « on fait tous des erreurs quand on est jeune, on cherche ses limites ».

Bref, si vous cherchez des scenarii pour la rédaction de livres érotiques, l’assumeuse pourra vous en donner de quoi laisser pantois le Marquis de Sade. Ça en est presque gênant, cette manière de déballer les dernières des perversions sans trop se poser de questions. Heureusement pour elle, celle qui assume a de grandes chances de trouver un pigeon qui la « comprendra » et « acceptera » son passé

La repentie

La repentie accepte de parler de son passé, à condition de l’édulcorer. Elle va exprimer quelques regrets éventuellement mais surtout va volontairement oublier une grande partie de son passé et mentir par omission. Un mensonge “bon pour le couple”, n’en doutons pas…

Elle aura ainsi fait « quelques excès » plutôt qu’une accumulation de coups d’un soir. Avec la qualité d’une retouche photographique de l’époque stalinienne, elle effacera les quelques gêneurs qui sont en trop. Elle opèrera classiquement une scission entre les partenaires “durables”, les seuls dont elle puisse parler, et les autres qui ne sont que « quelques amourettes sans importance ». La repentie accommode donc la réalité (une dizaine de partenaires de plusieurs mois et une vingtaine de relations courtes) pour la rendre acceptable à son nouveau partenaire (j’ai connu 3-4 mecs que j’ai aimé, et parfois j’ai embrassé des hommes mais il ne s’est rien passé »).

L’arme la plus efficace de la repentie…

La repentie n’est pas très honnête dans sa démarche de travestissement de la réalité, mais elle cherche aussi à se persuader de sa normalité. Ainsi, certaines repenties peuvent se convaincre que toutes leurs misères présentes sont la faute d’un ex malveillant et qu’elles-mêmes n’ont rien à se reprocher. Elles regrettent le manège quand il a eu des conséquences néfastes et se victimisent au besoin.

La repentie espère ainsi (et y parvient souvent), effacer son passage par le manège pour trouver un homme « bien » qui saura prendre soin d’elle. Elle a compris qu’elle ne pouvait plus se permettre de papillonner et cherche donc un partenaire stable qui saura la « traiter comme une princesse ». Un classique qui correspond parfaitement à l’expression “l’alpha nique la Danoise, le béta paye l’ardoise”.

La tradasse

Dernière grande catégorie, la tradasse (trad-thot en anglais). Le concept concerne certaines des femmes qui arrivent en fin de manège. La tradasse ne va pas édulcorer la réalité de son activité sexuelle comme la repentie. Cette réalité elle va plutôt la nier, avec hargne et hystérie. Elle criera partout son attachement aux valeurs traditionnelles et sa haine des pétasses. Elle cherchera souvent dans la religion un masque pour couvrir son passé, non pas en mentant par omission mais en se réinventant une virginité factice grâce à l’imagerie de la religion.

Pourtant, soyez-en certains, plus sa soudaine religiosité se rapprochera de la bigoterie, plus elle aura de choses à se reprocher. Les tradasses savent que leur discours pourra attraper quelques hommes religieux ou traditionnels assez nigauds pour croire à l’existence d’une licorne. Pourtant, dès qu’elle aura mis le grappin sur un des nigauds, elle laissera tomber toute apparence de religiosité. Ce qui prouve bien que sa religiosité n’était qu’une mise en scène…

Pour ceux qui veulent mieux comprendre le concept ou même réaliser un test, nous vous renvoyons à cette vidéo.

Conclusion

La sortie du manège à queues n’est jamais plaisante et les différentes sorties ont leurs inconvénients et avantages propres. Le pouvoir d’attraction du manège à queues est tel que rares sont les femmes qui n’en ont pas fait l’expérience dans notre époque moderne. Et ces rares-là ne l’ont pas essayé que pour des raisons pratiques (vie à la campagne avec moins d’options disponibles, apparence repoussante, autisme ou isolement social…).

En sortie de manège du côté des manègeuses, malgré une longue file d’attente de pourvoyeurs, c’est souvent la déception. Car les hommes intéressés par les ex-manègeuses ne sont pas aussi valables que ceux qu’elles pouvaient séduire dans leur jeunesse.

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