La grande “soif” du net

Pourquoi tant d’hommes valident les femmes sur Internet et comment la validation numérique crée un cercle vicieux… Dans cet article nous nous interrogeons sur cette grande « soif » des hommes qui inlassablement donnent de l’attention à des jeunes filles en ligne.

Pourquoi écrire cet article ?

L’idée de cet article est venue d’une anecdote : il y a quelques jours, une délurée décidait de courir largement dévêtue pour attirer l’attention de fans de foot. En quelques heures des milliers de personnes décidaient de la suivre sur Instagram.

Heureusement, tous ceux qui la suivent sur Instagram ne sont pas des hommes en misère sexuelle, mais il est probable que ce soit le cas d’un grand nombre d’entre eux…

La grande soif… Photo de Pixabay

Objectivement, ça ne marche pas…

La première chose qu’il faut rappeler c’est que ça ne sert à rien. Mettre des j’aime et des commentaires sur une photo n’a jamais été à l’origine d’aucune grande histoire d’amour. Combien connaissez-vous de types qui, ayant mis un commentaire sous une photo de mode d’une mannequin réputée, ont fini par sortir avec elle ? Aucun ? Et bien nous c’est pareil. Vous pouvez mettre tous les cœurs du monde sous une photo, ça ne vous donne aucun droit d’espérer une réponse. Vous êtes juste l’un des innombrables pigeons qui cliquez et validez. Votre like ou votre message ne sera jamais compté que comme partie infime d’une métrique plus grande, du style « J’ai eu 374 likes sur ma dernière photo ». Parce que vous êtes l’un des 374, mais ça n’ira jamais plus loin…

Autre idée reçue : commenter le profil d’une femme vous rendrait « gentil » ou « attachant ». Non. Aucune femme n’a jamais éprouvé de la considération pour un homme parce qu’il aimait ses photos sur le net. Dans l’histoire vous êtes perçus comme un désespéré pathétique. Certes, vous flattez un peu l’égo féminin, mais ça s’arrête là. Finalement, vous avez une valeur d’usage (vous mettez des likes et des commentaires) mais aucune valeur propre.

Voir les choses du point de vue féminin

Pour mieux comprendre le phénomène, il suffit d’ouvrir quelques photos et de regarder les commentaires en se mettant dans la peau de celle qui a posté l’image. Regardez le nombre de gens qui font dans la surenchère de commentaires et de compliments pour obtenir un peu d’attention, un pouce, un commentaire, n’importe quoi. Certains messages sont d’un pathétique rare.

Quelques exemples de Youtubeuses sur Instagram : Virginie Vota, Solveig Mineo, Marion Seclin, Andy Raconte et Tatiana Ventôse.

En bref, voici un florilège de commentaires : “quelle cambrure”, “superbe”, “cette série de photos est vraiment très belle”, “très élégante”, “alors là, quelle magnifique photo. c’est le bonheur du jour”, “fresh (sic) comme un matin de printemps”, “à tomber par terre”, “je t’ai envoyé un message privé”, “vos cheveux coupés vous rendent encore plus adorable”, “quelle belle femme”, “de plus en plus séduisante et pertinente”, “la plus belle femme du monde”, “superbe, une belle femme incroyable”, “trop jolie”, “très jolie”, “adorable”…

La logique de Bossuet

Mettons-nous un instant dans la peau de la jeune fille qui reçoit des dizaines de commentaires de ce type. Comment voulez-vous qu’elle éprouve le moindre respect pour les dizaines de commentateurs qui ne sont pour elle qu’une informe cohorte de soupirants anonymes ? Comment voulez-vous qu’elle conserve modestie et modération dans ses exigences amoureuses ?

Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. 

Jacques-Bénigne Bossuet , Histoire des variations des églises protestantes

Effectivement, la grande “soif” est avant tout un cercle vicieux. Plus les hommes valident les femmes sur Internet, plus les femmes sont exigeantes… Même des femmes au physique quelconque se font valider par des centaines de personnes, ce qui a pour conséquence de rendre leurs attentes irréalistes.

Tristement, pour reprendre la citation de Bossuet, les hommes, collectivement, déplorent les effets de l’ego féminin mais en chérissent les causes.

Sortir de la dépendance

Respectez-vous un minimum. Vous êtes quelqu’un, pas juste un désespéré parmi d’autres qui mendie de l’attention et fantasme sur des filles imaginaires. Des filles qui montrent leur décolleté sur le net, il y en a des millions, et vous n’obtiendrez rien de plus en laissant des commentaires pathétiques. Car objectivement, ce n’est pas parce que vous ne réagissez pas à la photo que les décolletés vont disparaître, ou que les filles vont disparaître. La “soif” du net est le pendant numérique du manège, mais contrairement au manège, il suffirait d’un peu d’autodiscipline pour y mettre un terme.

En conclusion, la grande “soif” du net est bien réelle. Elle se manifeste à chaque commentaire doucereux et niais. Les hommes, collectivement, sont tout aussi responsable que les femmes de l’inflation de l’ego féminin. Laissez les photos à d’autres et concentrez-vous sur des objectifs plus importants pour vous-même.

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